Article publié le 16/10/09 par MyCoop
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Croissance durable: mode d'emploi
[Reporters d’Espoirs pour MyCoop]
Si l'idée d'une croissance qui restaure l'environnement (croissance dite positive) est aujourd'hui acquise, une autre s'installe, plus complète : celle d'une croissance économique qui associe environnement et solidarité. Une alchimie salutaire en temps de crise, comme le montrent différentes initiatives menées en France.
Travailler
Désormais célèbres, les Jardins de Cocagne font figure de pionniers. Sûrement parce qu'ils s'inscrivent dans le mouvement des Amap (Associations pour le maintien de l'agriculture paysanne) en cultivant des produits biologiques vendus directement à des particuliers. Mais surtout parce qu'ils emploient des personnes en situation d'exclusion : avec eux, allocataires de minima sociaux ou chômeurs de longue durée deviennent jardiniers ! "De la culture en plein champ à la livraison des paniers, en passant par leur préparation, les jardiniers exercent différents métiers et bénéficient en parallèle de formations aux premiers secours ou de cours d'alphabétisation" explique Jean-Guy Haenckel, fondateur du réseau. Lancé en 1991, il fédère aujourd'hui 97 jardins maraîchers biologiques, fait travailler près de 3 000 personnes en contrat d’accompagnement vers l’emploi ou contrat d’avenir, et approvisionne 15 000 familles adhérentes en fruits, légumes et autres produits bio, dont l'offre s'est développée au fur et à mesure : confitures, œufs et même roseaux, pour équiper les stations d’épurations biologiques.
Consommer
La saison de pêche à la coquille St-Jacques vient de s'ouvrir à Saint-Brieuc. Et cette année encore, elle fera l'objet d'une réglementation stricte imposée… par les pêcheurs eux-mêmes ! Une règlementation qui date des années 70, quand, conscients de la survie fragile de l'espèce, les professionnels de la mer ont décidé de limiter le nombre de bateaux de pêche, de fixer des dates d’ouverture et de fermeture de la pêche à partir d'une étude de l’Ifremer, menée chaque année ; d'assurer une surveillance aérienne des aires de pêches pour dissuader les fraudeurs ; de peser les volumes pêchés après chaque sortie en mer, etc. Un travail qui assure à la fois protection et exploitation – raisonnée - des ressources, grâce à une collaboration étroite entre professionnels et scientifiques. Et depuis la fin des années 1990, les résultats des campagnes d’évaluation du stock de coquilles de la baie de Saint-Brieuc font état d’un fort niveau de productivité continu. Des résultats qui montrent que si, sur le moment, les restrictions imposées ne sont pas faciles à "digérer" pour les pêcheurs, ceux-ci sont gagnants sur le long-terme : préserver les coquilles Saint-Jacques, c'est conserver leur emploi.
Vivre ensemble
Quoi de mieux, pour redonner confiance à un détenu, que de lui montrer que la planète et ceux qui la peuplent ont besoin de lui ? Voilà un bon moyen de se racheter aux yeux de la société. C'est en tous cas la conviction de Patrick Vandamme, directeur de la production de Triselec, une entreprise de gestion de déchets. Il a mis en place un dispositif assez innovant dans la maison d'arrêt de Loos. "Nous proposons aux détenus de suivre un stage de trois mois dans un atelier pédagogique de tri des déchets, encadrés par deux tuteurs de Triselec, à l'intérieur même de la maison d'arrêt. Et une fois sortis, nous les embauchons en CDD de six mois. Nous ne sommes donc pas une entreprise d'insertion, précise-t-il, mais une entreprise classique qui fait de l'insertion." Au final, un taux de récidive qui a chuté de… 76 % ; sur les 200 anciens détenus passés par Triselec, 150 sont en poste dans d'autres entreprises ! Emploi, insertion sociale, protection de l'environnement : le cocktail est efficace.
Autant d'exemples qui illustrent avec force comment environnement et solidarité se conjuguent aujourd'hui. Ensemble, ils concourent à la performance économique des structures qui en font le pari. Des structures qui, en tant de crise, apportent des réponses à tous les niveaux… et indiquent le chemin à suivre.
Amaury Guillem (Agence d'informations Reporters d'Espoirs)
CC: sillydog, http://www.flickr.com/photos/26084283@N00/22930834/


Posté le 16/06/2010 par damienorway
Une question me taraude en lisant la première ligne de cet article:
"Si l'idée d'une croissance qui restaure l'environnement (croissance dite positive) est aujourd'hui acquise...".
Je ne savais pas que cette idée était acquise! Elle fait débat (et de plus en plus) et pas seulement dans les milieux dits "radicaux" comme la décroissance. La question de la décroissance (pour des raisons écologiques) se pose dans TOUS les partis politiques de gauche (les verts y compris) et certains allant plus loin que d'autres en se déclarant ouvertement anti-productiviste (Parti de gauche...). La question n'y est souvent pas tranchée sauf par les conservateurs qui ne veulent même pas entendre parler de cette question et refusant le débat et l'argumentation. Même l'université d'été du MEDEF de 2009 était consacrée à cette question avec un beau titre antonyme "la décroissance prospère".
C'est pourquoi commencer l'article en disant que l'idée d'une croissance positive sur l'environnement est acquise, c'est un beau mensonge.