Article publié le 18/03/10 par MyCoop
"la France veut faire financer l’exploitation durable des forêts"
[Terra Eco]
Interview - La France accueille à Paris une quarantaine de ministres de l'Environnement des principaux bassins forestiers mondiaux et des pays donateurs. Alain Karsenty, économiste au Cirad et membre du comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot, décrypte les enjeux de cette conférence internationale.
Terra eco : que faut-il attendre de cette réunion ?
Alain Karsenty : "Concrètement pas grand-chose car c’est une initiative bilatérale de la France et de la Norvège qui se déroule en marge du processus de négociations. Le dossier REDD [1], était tout près d’un accord plus élaboré, mais n’a fait l’objet que d’une déclaration de principe à Copenhague. L’idée est de maintenir une dynamique et de structurer une discussion qui est au point mort dans le cadre des Nations Unies. Il y a des débats extrêmement compliqués et sujets à controverse, qui seront peut-être évoqués, mais pour l’instant, le pragmatisme est de commencer avec les 3,5 milliards de dollars de fonds publics promis à Copenhague. Le but de la conférence est d’obtenir un peu plus, même si je ne vois pas comment l’aide publique serait capable de sortir de nouveaux moyens avec la crise financière. "
Quel est l’intérêt dans ce cas ?
"Il y a quand même un peu d’argent sur la table et je pense que le débat portera sur la gouvernance de ces fonds, la corruption, le détournement, les effets sur les populations. Par exemple est-ce qu’on fait confiance aux États en leur donnant directement ? C’est ce que fait la Norvège avec le Brésil mais il a une crédibilité bien plus grande que la République Démocratique du Congo... On aura peut-être aussi des précisions sur la proportion d’argent frais dans ce montant. Par exemple la France a annoncé 375 millions de dollars, mais on sait qu’il n’y aura qu’une trentaine de millions nouveaux, et encore cela comprend des dons en nature comme des images satellite SPOT. Pour la Norvège, qui a promis 1 milliard de dollars, je ne sais pas si c’est véritablement additionnel par rapport à ce qui a déjà été annoncé pour le Brésil (1 milliard de dollars d’ici 2015 dans le fonds Amazonien) et la Guyana (250 millions d’ici 2013)."
La France peut-elle jouer un rôle particulier dans ce dossier ?
"Pas forcément et d’après les échos que j’ai eu certains pays sont surpris. Pour la Norvège on comprend, car ce sont eux qui payent [2]. Le communiqué du ministère indique que la France a une expertise scientifique et technique. C’est vrai mais on n’est pas les seuls. La France n’a pas de statut particulier, mis à part ses relations avec des pays africains, et le fait que des conseillers français jouent un rôle assez actif auprès des pays d’Afrique centrale pour qu’il définissent leur position. Elle a aussi été volontariste avec des propositions comme celle d’une taxe sur les transactions financières pour financer des biens publics mondiaux, dont la lutte contre la déforestation. Cela fait qu’elle a une assez bonne image sur le dossier forêts."


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