Article publié le 03/04/10 par MyCoop
Les aberrations du DD et l'éco-psychologie
[Damien Coppéré pour descroissants.org]
1. La bonne blague
Voilà ce qu'on peut trouver dans de nombreux supermarchés aujourd'hui en France (en l'occurrence il s'agit du Boulevard Saint Marcel à Paris).
Nous avons donc ici des oranges biologiques (label AB).
Dans l'esprit de tout le monde ou presque, un aliment au label AB suppose que c'est un bon produit issu d'une agriculture propre qui prend soin de la terre sur laquelle nous vivons. C'est d'ailleurs ce que dit l'Agence bio: "L'aliment est composé d’au moins 95 % d’ingrédients issus du mode de production biologique, mettant en œuvre des pratiques agronomiques et d’élevage respectueuses des équilibres naturels, de l’environnement et du bien-être animal."
Nous arrivons donc à un état de schyzophrénie et nous avons l'impression d'avoir un produit qui est bon pour l'homme et pour la terre (ce qui est le cas pour ce produit d'Afrique du Sud en Afrique du Sud) mais qui en même temps parcoure 8673 km (Oui... c'est précis, distance entre Paris et Johannesburg) pour arriver en France et qui par la même occasion garde son label... En fait, nous avons un label AB qui est aveugle et ne prend pas en compte tous les paramètres un peu à la manière de l'économie vis-à-vis des ressources naturelles et des déchets produits.
Ce qui est plus affligeant, c'est que ce label est bien souvent utilisé pour faire vendre et qu'il n'est pas forcément simple de l'obtenir (voir le numéro de Novembre du journal La Décroissance et l'article de Sophie Divry à ce sujet).
Ainsi, nous allons acheter des produits AB venant d'Afrique du Sud qui sont mille fois (c'est un nombre calculé avec précision...) moins écologiques qu'une orange de France (ou d'Espagne) qui n'a pas le label AB et dont la production a nécessite d'utiliser certains pesticides (toute proportion gardée).
2. L'écopsychologie
Un article du Times en anglais et ici traduit en français sur le process de prise de décision explique le comportement de l'être humain face à l'écologie. Nous verrons que nous pouvons également appliquer le cycle du deuil d'Elizabeth Kübler-Ross au changement climatique. Cela permet d'expliquer des aberrations du type de l'orange bio sud-africaine... Gardez cet exemple en mémoire, on va y revenir!
Vous aurez tout le détail dans ces liens mais pour les fainéants, voici rapidement ce qui est expliqué dans cet article du journaliste Jon Gertner. Cet article fait un retour à un colloque qui a eu lieu à l'Université de Columbia sur le comportement de l'être humain face à l'écologie:
Pourquoi tu es à fond sur l'écologie? Qu'est-ce qui t'as fait prendre conscience? Pourquoi au contraire tu t'en fous? Qu'est-ce qui fait que ça t'intéresse pas? Pourquoi tu cours dans le mur? C'est quoi la vitesse d'un chien au galop?
Les différents chercheurs présents à ce colloque prennent le réchauffement climatique pour illustrer leurs études. Comment réagir face au réchauffement climatique? Pourquoi certains ne font rien? Pourquoi certains essaient de diminuer leur impact?
2.1 La prise de décision
Des études ont été faites sur le phénomène de prise de décision concernant les problèmes environnementaux et il est maintenant couramment accepté parmi les psychologues cognitifs qu'il existe deux systèmes pour traiter les risques:
• Un système analytique qui pèse le pour et le contre via un examen du coût et des bénéfices (pas forcément économique bien entendu...)
• L'autre système est basé sur la sensibilité qui n'est pas estimable en terme de coût et bénéfice mais qui est une réaction primitive et soudaine face au danger.
Le problème dans ces processus d'analyse de risque qui vont nous faire prendre des décisions est qu'ils sont tous les deux basés sur du court terme...
Avec le système analytique nous privilégions en général le court terme et avec ce genre de raisonnement (on le voit dans une pseudo société libérale comme la notre), nous n'allons pas construire un avenir radieux en terme écologique... Et si ce n'est pas radieux écologiquement, il y a des chances pour que tout le reste ne le soit pas non plus. Le système basé sur l'émotion n’est guère mieux en raison d'une capacité limitée de l'être humain à estimer les problèmes qu'il ne connait pas et qui sont éloignés dans le temps et dans l'espace.
Mais ce n'est pas terminé! Il se rajoute à ces systèmes d'analyse du risque le fait que l'être humain a une "boîte à problèmes" limitée en taille. Ainsi, si un problème plus grave (au sens de ces systèmes) se manifeste il prendra la place d'un ancien souci... Hop volatilisé le problème écologique.
2.2 La coopération!
Pris comme ça, ces résultats ne sont pas très encourageants et on ne voit pas comment une majorité pourrait s'intéresser au problème écologique...
Mais ces mêmes chercheurs sur la science cognitive ont essayé de réfléchir sur le processus de prise de décision mais cette fois en groupe.
Il s'avère (étude faite par Elke Weber) que les êtres humains coopèrent très facilement si les circonstances sont réunies... Ainsi via ses études, Elke Weber, constate qu'en déclarant aux participants (à l'expérience) qu'ils faisaient partie d'une équipe "étoile bleue", le taux de participation est passé de 35 à 50%. Puis en les installant à une table, le pourcentage monte à 75%.
Il en ressort donc que le problème environnemental doit être pris de façon collective. C'est l'articulation collective qui mènera des groupes à prendre les décisions vers un avenir meilleur. Selon Elke Weber, le fait même de faire partie d'un groupe nous incite à traiter certains problèmes: "Et quand on nous rappelle que nous faisons partie d'une communauté, alors la communauté devient une sorte de centre de prise de décision. C’est ainsi que nous faisons d’énormes sacrifices, comme pendant la Seconde Guerre mondiale."
Ce n'est pas via l'acte personnel (on s'en doutait) (trier les déchets, fermer le robinet, acheter bio...) qui fera que notre planète pourra survivre mais bien l'articulation collective. Nous ne sommes plus aujourd'hui à une échelle personnelle si nous voulons sauver notre planète.
2.3 Les étapes du deuil
Le deuil est un processus nécessaire de délivrance. Ainsi, face à un changement ou une perte, il y a un deuil à effectuer avant d'aller de l'avant et trouver des solutions. Vous pourrez trouver ici l'explication du deuil et du cycle du deuil d'Elizabeth Kübler-Ross.
Egalement, le magnifique site du CEDIP (qui est un service à compétence nationale du ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat) consacre une page sur le cycle du deuil appliqué au changement que vous pourrez trouver ici.
Ainsi, en réaction face à la perte écologique ou au changement climatique que nous vivons actuellement, nous pouvons considérer qu'il y a un deuil à réaliser et donc, nous avons différentes étapes (plus ou moins longues) par lesquelles nous devons passer avant de commencer à construire des solutions:
1. Le choc: Le choc émotionnel face à la nouvelle, on ne peut pas réagir. On considère l'événement comme irréel.
2. Le déni: Il s'agit du refus de croire en la nouvelle. Un rejet total de la perte annoncée.
3. La colère: On est révolté par la nouvelle, et on cherche des coupables, des causes.
4. La peur: On réalise l'ampleur de la nouvelle et les conséquences que cela peut avoir
5. Le marchandage: On négocie. On se dit qu'on peut trouver des solutions en adaptant le système à l'origine de la perte. C'est le développement durable et tous ses oxymores "voiture propre, croissance verte...". C'est aussi notre orange bio du supermarché qui a fait ses 9000km en avion!
6. La dépression: On comprend que la situation a changé et on tombe dans l'abattement.
7. L'acceptation: Là les choses sérieuses commencent. On accepte ce qui est en train de se passer (par clairvoyance, fatalisme, résignation...). On essaie de bâtir quelque chose de nouveau.
Ces étapes peuvent parfois s'intervertir et des allers-retours peuvent avoir lieu.
Au final, essayons d'aller à l'étape 7 assez vite et coopérons pour construire des alternatives collectives.
Voilà voilà.... Tout un programme.
Source : descroissants.org


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