Article publié le 24/03/09 par MyCoop
Menaces sur l'Amazonie
[Alternatives économiques]
Fin janvier 2009, au moment où s'ouvrait le huitième Forum social mondial à Belém (Brésil), le gouvernement péruvien remportait une victoire, menant à bien un projet politique très éloigné de l'esprit du mouvement altermondialiste : au terme de plusieurs années de polémiques, il réussissait à faire passer au Congrès un paquet législatif qui permettra l'entrée en vigueur de l'accord de libre-échange (ALE) signé avec les Etats-Unis en 2006.
Le contraste entre ces deux événements illustre le clivage qui divise l'Amérique latine au sujet du libéralisme économique. Clivage qui voit une gauche radicale - celle d'Hugo Chávez au Venezuela, d'Evo Morales en Bolivie et de Rafael Correa en Equateur - s'opposer à un centre-gauche nettement plus libéral, celui d'Alan García au Pérou ou de Michelle Bachelet au Chili.
Ainsi a fortiori qu'à la droite d'Alvaro Uribe en Colombie. Tandis que les premiers fustigent le capitalisme, mettent à l'honneur les mouvements indigénistes et cherchent des voies alternatives de développement, les seconds tentent surtout d'ouvrir leurs économies et de les insérer dans le marché mondial.
Dans ce conflit qui oppose souvent des partis se réclamant tous de gauche, le président péruvien Alan García, qui a déjà gouverné son pays de 1985 à 1990 et qui a remporté la présidentielle de 2006, se veut à la pointe d'un centre-gauche libéral.
Si son passé d'homme de gauche n'est pas mis en doute, et si son parti (l'Alliance populaire révolutionnaire américaine) est membre de l'Internationale socialiste, García affiche désormais un pragmatisme économique qui lui vaut de nombreuses critiques dans son propre camp.
Ces dernières années, Lima a ainsi signé des accords commerciaux avec la Chine, la Corée du Sud, le Japon, le Canada, le Chili, le Mexique. Et un traité de libre-échange avec l'Union européenne est en cours de négociation. "Nous avons un agenda très agressif de négociations commerciales, reconnaissait la ministre du commerce extérieur, Mercedes Aráoz, en octobre 2007. Nous savons qu'il nous faut faire du commerce avec les Etats-Unis, mais nous devons également nous ouvrir à d'autres marchés."
Après l'aval donné en janvier par les députés péruviens, l'ALE doit encore être ratifié par le Congrès à Washington pour entrer en vigueur. Ses défenseurs à Lima mettent en évidence les avantages qu'il représente : sécurité juridique et meilleure prévisibilité pour les investisseurs, incitation à moderniser les institutions du pays, à respecter le droit du travail, etc. "Notre vision du monde est celle où la justice sociale sera atteinte par la croissance économique, poursuit Mercedes Aráoz. On n'éradique pas la pauvreté en offrant des cadeaux, mais en créant des emplois dignes."


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