Article publié le 10/11/08 par MyCoop
Barack obama et le "common man"
[Alternatives Economiques]
Ce succès repose bien sûr sur la machine de campagne du candidat qui a incité et aidé beaucoup d'Américains à s'inscrire sur les listes électorales dans un pays où cette démarche peut être largement sous-traitée aux organisations partisanes.
Mais s'inscrire, ou se laisser inscrire, ne suffit pas. Encore faut-il le jour dit se déplacer jusqu'au bureau de vote. Si les électeurs l'ont fait en aussi grand nombre, s'ils ont patienté pour donner leur voix au candidat démocrate, c'est sans doute parce qu'il a su faire vibrer la corde de l'énergie et de l'enthousiasme, de ce dynamisme dont la société américaine est si fière (« Yes, we can ») et dont elle a grand besoin dans la période de doute économique qu'elle traverse.
Mais c'est aussi sans doute parce qu'il a su convaincre une partie de ses concitoyens, les plus éloignés de la politique, que demain la puissance publique pourrait de nouveau s'intéresser à eux. Et leur venir en aide au quotidien.
Beaucoup d'Afro-Américains, selon la terminologie en vigueur outre-Atlantique, ont entendu le message d'Obama, mais pas seulement, car en dépit des pronostics qui faisaient de la couleur de sa peau un handicap lourd dans les milieux populaires blancs, le candidat a séduit aussi nombre de ces électeurs là, comme le prouvent ses victoires en Virginie ou dans l'Ohio.
Dans un pays où l'action sociale de l'Etat est aujourd'hui largement réservée aux personnes âgées et à la frange la plus extrêmement paupérisée de la société, une partie des actifs, de cette vaste classe moyenne qui forme le cœur de la société américaine, avaient tendance à déserter les urnes : si l'Etat ne s'intéressait pas au « common man » (l'homme ordinaire), pourquoi ce dernier se serait il inquiété du choix des gouvernants ?
Or quels que soient les slogans martelés depuis les années 80 par les idéologues de l'ultra-libéralisme, l'ascenseur social aux Etats-Unis, incarné par le fameux « rêve américain », n'a jamais aussi bien fonctionné que lorsque l'Etat aidait les citoyens les moins bien lotis par la naissance à décrocher un diplôme et les actifs les plus fragiles à surmonter les accidents de la vie (maladie, chômage...).
L'essor de la classe moyenne américaine dans les décennies d'après-guerre est largement le résultat de ce volontarisme étatique. Il reste à Barack Obama à renouveler « l'Etat-supporter », à adapter ses formes d'action à la société américaine d'aujourd'hui, en dépit des difficultés économiques qu'elle traverse. Conquête des électeurs du centre oblige, les propositions du candidat ont été très prudentes, en matière d'assurance-maladie notamment.
Le futur président a désormais l'opportunité et l'espace politique nécessaire pour faire preuve de davantage d'audace.
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(cc) Chuckumentary


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