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Article publié le 28/08/12 par MyCoop

Et si des parents aidaient d’autres parents en difficulté ?

[RUE 89 - PASSAGE A L'ACTE]


Devenir parent et assumer ce rôle au quotidien n’est pas facile. Dans plus de la moitié des cas (56%), la naissance d’un enfant bouleverse la vie de son père et de sa mère au point que ceux-ci se sentent désorientés et démunis, selon une étude de 2011 du secrétariat d’Etat à la Famille. Dans les foyers les plus modestes, ils sont jusqu’à 64% à estimer que la parentalité est une affaire décidément bien compliquée.

Souvent, la crainte du regard de l’autre et la honte de ne pas s’en sortir dissuadent les personnes de demander de l’aide aux services sociaux. Beaucoup se tournent vers leur famille, leurs amis ou même leurs voisins. Mais les autres finissent par se replier sur leur foyer. Isolés. Esseulés. En difficulté. Et ce sont les enfants qui trinquent.

L’idée

Alors pourquoi ne pas demander à d’autres parents, à peu près sereins, de venir en aide à ceux qui ne s’en sortent pas… encore ? Depuis près de 40 ans, une association britannique applique à la lettre le concept. Home-Start aide les familles en situation d’isolement ou de crise à reprendre confiance et à briser leur exclusion sociale.

Un parent se rend chaque semaine au domicile de la famille dans le besoin, l’accompagne dans son quotidien tout en l’aidant à accomplir ses tâches ménagères et administratives. L’objectif est de donner aux grands, comme aux petits, de nouveaux repères, que chacun s’y retrouve et retrouve un peu de tranquillité.

Ce soutien, apporté par des bénévoles eux-mêmes parents, est généralement mieux accepté, car moins stigmatisant. Les familles se sentent plus à leur aise et ressentent moins de culpabilité. Anne-Françoise Dequiré, maître de conférences à l’Institut social de l’Université catholique de Lille :

    « Comparé aux services sociaux, le bénévole est un parent qui rencontre les mêmes difficultés que les usagers. Il n’a pas de mandat professionnel. Il n’a pas de comptes à rendre non plus. Sa relation se tisse d’égal à égal. »

Ce type d’assistance n’a pas pour autant vocation à remplacer l’action des services sociaux, mais il peut s’inscrire dans une démarche préventive ou en complémentarité avec l’intervention de professionnels.

En 2011, l’association britannique a aidé près de 36 000 familles. Au bout d’un an, plus de 90% d’entre elles se sentaient mieux intégrées dans leur environnement et utilisaient davantage les services de proximité.

Comment la mettre en pratique ?

Home-Start a voulu que son savoir-faire fasse des petits. En 1998, elle crée une organisation internationale, Home-Start International, pour encourager les initiatives qui vont dans son sens. Aujourd’hui, plus d’une quinzaine de pays en sont membres : l’Australie, le Canada, Israël, le Kenya, l’Afrique du Sud ou le Sri Lanka ou encore la Norvège...

En France, c’est Paseo, également affiliée au réseau Home-Start, qui porte le projet. En 2007, l’association installe ses quartiers dans le secteur de Pissevin, à Nîmes (Gard), où 83% des familles sont suivies par une assistante sociale et où 60% des locataires vivent en-dessous du seuil de pauvreté (877 euros par mois). Laurence Relin, fondatrice et coordinatrice de l’association :

    « Lorsque j’habitais à Londres, j’étais bénévole pour Home-Start. Je n’étais alors qu’une “simple” maman, mais j’avais réussi à remotiver une autre mère. A mon retour en France, je me suis rendu compte qu’il n’existait aucune association similaire. »

En 2011, les dix-sept bénévoles de Paseo ont suivi 25 familles, soit plus d’une soixantaine d’enfants. Un chiffre en progression constante depuis cinq ans. Généralement, les familles arrivent grâce au bouche à oreille : seules 9% d’entre elles sont recommandées par les services sociaux.
Retrouver son autonomie

Contrairement aux autres formes de soutien à la parentalité, comme les groupes de parole, l’accompagnement est ici individuel et à domicile. Claire Gheeraert est à la retraite. Depuis trois ans, elle a suivi plusieurs foyers :

    « Dans l’une des familles, les travailleurs sociaux s’occupaient plutôt des enfants et moi, de la maman. Je l’emmenais chez le médecin, faire les courses. J’avais l’impression d’être une tante, qui lui apprenait plein de choses. »

Les bénévoles, comme Claire, suivent au préalable une formation de 30 heures et s’engagent ensuite à consacrer un minimum de trois heures hebdomadaires à la famille dont ils s’occuperont.

Parfois, ils apportent avec eux des jeux de société, pour apprendre aux parents à tisser une certaine complicité avec leurs enfants. Fatima Bellouti a débarqué à Paseo lors de sa quatrième grossesse, lasse et complètement découragée à l’idée d’avoir un enfant de plus :

    « La bénévole m’a sortie de chez moi et m’a fait oublier ma grossesse imprévue. J’ai réalisé que je pouvais jouer avec mes enfants, sans me prendre la tête. J’ai également découvert des activités. Depuis, je continue d’emmener mes enfants à la médiathèque. »

Les visites ne durent qu’un an : le but est que la famille retrouve son autonomie. Dans plus de 90% des situations, c’est effectivement le cas.

Ce qu’il reste à faire ?

En France, il existe d’autres structures comparables à Paseo :

    L’association Dixième famille privilégie la solidarité en réseau : neuf familles se relaient au chevet d’une dixième, en détresse sociale ;
    Le Centre français de la protection de l’enfance permet aux volontaires de parrainer un enfant, au sein d’une famille en difficulté.

Et pourtant, la généralisation de ce type d’approche, en France, n’est pas pour demain, explique Jean-Louis Laville, chercheur au Laboratoire interdisciplinaire en sociologie de l’économie (LISE, Paris). L’intervention sociale reste pensée comme un ensemble d’actes techniques. Et l’une des caractéristiques propres à la France est d’idéaliser le travail social, au détriment du bénévolat :

    « Pourtant, ce sont deux évolutions complémentaires. Les formules les plus dynamiques sont celles qui reconnaissent la complémentarité entre bénévoles, usagers et professionnels. »

Il est urgent de ne plus opposer le travail des bénévoles et la mission des professionnels. De privilégier les sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC), qui fêtent cette année leur dixième anniversaire… Ce modèle juridique d’organisation permet à plusieurs catégories d’acteurs de s’associer autour du même projet, de produire ensemble... de l’intérêt collectif.

Source :
http://www.rue89.com/2012/08/20/et-si-des-parents-aidaient-dautres-parents-en-difficulte-234622
CC 

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