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Article publié le 29/06/12 par MyCoop

Et si on se prêtait de l’argent entre particuliers ?

[REPORTERS D’ESPOIR]

La crise rend une partie des Français frileux vis-à-vis des institutions bancaires traditionnelles. Certains cherchent des alternatives pour investir leur argent autrement, voire lui donner un nouveau sens. D’autres souhaitent emprunter différemment.

Les plateformes collaboratives de prêts en ligne entre particuliers présentent des dispositifs inédits, financièrement intéressants et éthiquement louables. Même si leur développement semble freiné par l’arsenal juridique qui les encadre…

L’idée

Pratiques courantes aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne avec Zopa, Prosper ou Lending Club, les plateformes de prêts entre particuliers gagnent progressivement du terrain en France.

Depuis 2010, la finance participative aurait permis de collecter plus de six millions d’euros et financé près de 15 000 projets, selon les principaux acteurs du secteur. Avec toujours le même principe : les internautes choisissent les projets et les personnes qu’ils veulent soutenir.

Prêt d’union, par exemple, a lancé l’année dernière un site permettant à des épargnants de financer des crédits à la consommation, en se passant de l’intermédiaire des banques et de leurs taux souvent exorbitants. Un investissement que Charles Egly, cofondateur de la start-up, qualifie de « citoyen » :

    « On permet aux ménages d’emprunter moins cher et plus simplement. Ce n’est pas du crédit “revolving” : il n’y a pas d’arnaque. On redonne du pouvoir d’achat et, surtout, les intérêts vont dans la poche des épargnants. »

Savoir où va son argent et favoriser « l’économie réelle française »… L’argument du « made in France » a aussi la cote chez FriendsClear. Ce portail invite depuis six mois à investir dans les projets professionnels de micro-entrepreneurs.

La solution se révèle doublement satisfaisante : les investisseurs bénéficient d’un placement moins risqué qu’en Bourse, avec des taux alléchants – entre 4 et 5,5% pour Prêt d’union et jusqu’à 4,5% pour FriendsClear, contre en moyenne moins de 3% pour les banques.

L’emprunteur, de son côté, accède plus facilement à un prêt (entre 3 000 et 25 000 euros) et à un coût moindre : de 5 à 8%, selon la structure.

Comment la mettre en pratique

La photographe Delphine Ogihara, 44 ans, a emprunté 3 500 euros via FriendsClear, pour développer son studio Icône Photo à Dieppe, en Haute-Normandie. Lorsqu’elle a lancé son entreprise il y a trois ans, elle n’a pas eu le choix :

    « Je n’avais pas de bulletins de salaire et mes revenus étaient variables. Les banques n’étaient pas rassurées du tout. FriendsClear s’est intéressé à mon parcours : d’où je venais, ce que j’avais fait et ce que j’envisageais. C’est l’ensemble de mon bagage qui a compté. »

Pour les investisseurs les plus désintéressés, il existe Babyloan . La « communauté » est connue pour avoir créé en France le microcrédit en ligne à destination des pays du Sud. Depuis 2011, l’organisme propose au particulier de devenir le « banquier de son voisin », en finançant les projets de micro-entrepreneurs, via des prêts sans intérêt à partir de 20 euros.

Une formule qui répond à la demande des internautes, estime Arnaud Poissonnier, cofondateur de Babyloan :

    « Environ 15% de notre production de prêts mensuels se fait en France. Avec la crise, il y a de plus en plus de demandes pour une solidarité de proximité. »

Mais ces plateformes n’ont pas vocation à financer tous les projets refusés par les banques. Prêt d’union est assez strict quant aux critères de solvabilité de ses emprunteurs : pour des raisons de sécurité, mais aussi, souligne Charles Egly, pour éviter les situations de surendettement.

Aux prêteurs, le site demande d’être un investisseur qualifié, au sens de l’Autorité des marchés financiers. FriendsClear se veut plus accessible, comme le schématise son cofondateur Jean-Christophe Capelli :

    « N’importe qui, âgé d’au moins 18 ans et en possession de 100 euros, peut participer ! »

Pour minimiser les risques, ces sites fonctionnent sur un système de mutualisation : l’argent n’est jamais investi sur un seul projet, mais sur plusieurs à la fois. Ce qui limite l’impact sur le taux de rendement des investisseurs, si l’emprunteur faisait défaut.

Ce qu’il reste à faire

Ce phénomène de la finance participative (« crowdfunding ») prend de l’ampleur dans l’Hexagone, mais il reste encore marginal par rapport aux autres systèmes bancaires. Depuis ses débuts, Prêt d’union a octroyé près de trois millions d’euros de crédits et FriendsClear, 160 000 euros. Et si Internet regorge de sites qui proposent des prêts entre particuliers, tous ne sont pas fiables.

L’activité d’établissement de crédit est encadrée par des règles très sévères. Seuls les organismes qui détiennent un agrément de la Banque de France ou travaillent en partenariat avec des banques peuvent assurer des transactions en toute sécurité. Par conséquent, FriendsClear s’est associée au Crédit agricole et Babyloan ne développe aucune application « sans l’accord exprès » de la Banque de France.

Ces exigences légales limitent les dérives et les arnaques, mais freinent aussi l’expansion de ces nouveaux mouvements de capitaux. Prêt d’union a dû attendre deux ans et réunir un capital de cinq millions d’euros, avant d’obtenir le fameux sésame de la Banque de France.

Car dans le pays, il n’y pas de réglementation spécifique concernant le prêt entre particuliers. Un vide juridique donc et des lois appliquées qui sont soit obsolètes, soit non-adaptées aux pratiques du Net. La loi bancaire de 1984 date d’une époque où l’économie collaborative, les réseaux sociaux et le Web n’existaient pas.

Dans le monde 2.0, où tout doit se passer en quelques clics, les règles (fiscales et bancaires) sont jugées disproportionnées et trop contraignantes… « Une galère sans nom », résume Arnaud Poissonnier.

Pour y remédier, les acteurs du secteur se mobilisent et annoncent la sortie d’un livre blanc début juillet. Le texte doit être présenté aux députés de la nouvelle Assemblée nationale. Parmi toutes les propositions : la création d’un statut spécifique de courtier en financement participatif.

Source : http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/06/25/et-si-se-pretait-de-largent-entre-particuliers-233228
CC








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