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Article publié le 15/03/10 par MyCoop

Habitat choisi : Leurs habitants sortent des bois

Crédit photo : Alexa Brunet

[Julie Martinat pour MyCoop]
Ils ont choisi d’habiter dans une cabane, une yourte, une habitation auto-construite, un chez-eux qui leur ressemble, qu’ils estiment à leur mesure. Pendant longtemps, ces habitants atypiques étaient invisibles. Depuis quelques années, ils s’organisent, font entendre leur voix et défendent leurs droits.

Un week-end dans les arbres ? Une nuit dans une roulotte ou sous une yourte ? Le tourisme vert s’est trouvé un nouveau paradis, celui des habitats insolites. Une tendance parmi d’autres pour citadins en quête d’exotisme ? pas seulement. Le phénomène traduit peut-être aussi la remise en question de nos habitats citadins. Le contexte actuel y est propice : constat d’échec de la politique d’aménagement des grands ensembles, dégradation des conditions de logement des personnes les plus fragiles, accession à la propriété, voire dans certaines villes, à la location de plus en plus difficile, ou encore montée des préoccupations environnementales. Un logement à bas prix qui respecte son environnement et ses habitants, ça existe ? Contre toute attente, de plus en plus de personnes répondent par l’affirmative, quitte a se marginaliser et à se mettre hors la loi.  
Bien sûr, il y a ceux qui vivent à l’année dans un camping ou une cabane de fortune car ils n’ont pas d’autres choix : pas de place en logement HLM, refus de voir durer les solutions d’urgences et l’absence d’intimité, de chez soi. Les autres font de ces habitats hors-normes une aventure, une vie.

Les habitants atypiques s’organisent
S’installer sur un terrain qui parfois ne nous appartient pas, construire une maison qui ne correspond pas aux normes en vigueur, c’est s’exposer à une expulsion, organisée par la commune, la préfecture ou la DDE. C’est pourquoi ces habitants atypiques restaient le plus possible invisibles, isolés. Aujourd’hui, ils s’organisent et font valoir leurs droits. Internet favorise la création de réseaux. Le collectif Vie et habitat choisi*, par exemple, qui milite pour « un droit vital de se créer un chez-soi, un abri confortable  dans le respect de son environnement, naturel ou humain » a créé un blog pour favoriser les échanges d’informations et la coordination sur l’ensemble du territoire. Depuis janvier, il a créé sa page Facebook où l’on trouve, photos, agenda et témoignages. L’association Halem met à disposition des ressources juridiques pour aider les personnes concernées à défendre des droits qui restent malgré tout limités : code de l’urbanisme, jurisprudence, veille réglementaire… D’autres, créé des forums sur Internet se rassemblent sur le territoire, rencontrent les élus des collectivités locales, pour faire connaitre leur situation, remettre en cause les préjugés. Il y a deux ans, les militants de l’habitat choisi signaient ensemble le « consensus des réseaux », qui revendiquait la liberté du choix de son logement et la reconnaissance des habitats mobiles, éphémères comme logement à part entière ouvrant aux mêmes droits que le bâti conventionnel. Une organisation qui peu à peu portent ses fruits : fin 2009, la proposition de loi « pour un Tiers secteur de l’habitat participatif, diversifié et écologique » était présentée à l’Assemblée nationale. Elle intégrait certaines des revendications des associations, en proposant notamment d’octroyer un statut aux habitants de ces habitats écologiques, de manière à reconnaître les droits afférents aux occupants d’une résidence principale et d’autoriser l’implantation d’habitations légères sur un périmètre délimité. La proposition de loi a été rejetée le 8 décembre 2009, mais cet épisode montre que peu à peu l’habitat choisi s’émancipe de la stigmatisation sociale de « l’habitat subi »et les questions qu’il soulève pénètrent la sphère du débat public.

Leur imaginaire s’expose
Alexa Brunet, photographe du collectif Transit, est allée à la rencontre de ces citoyens convaincus qu’un autre rapport au logement est possible. Elle a donné un visage à leurs convictions et à leurs projets. Ses images, qui nous offrent une vision douce et généreuse de ces utopies réalisées, seront exposées à la Maison méridionale de l'architecture de Toulouse du 6 mars au 16 mai*. L’exposition soutenue par la CAUE (Conseil d’architecture d’urbanisme et d’environnement) de Haute-Garonne interroge notre regard sur ces habitats hors-norme mais aussi nos pratiques et nos représentations de l’habitat conventionnel.



* texte de la proposition de loi disponible sur le site de l’Assemblée nationale : www.assemblee-nationale.fr
* Un livre composé de ses photos et des textes rédigés par Irène Brunet est en préparation aux éditons Images en manœuvre. Il devrait paraître en septembre 2010, plus d’informations sur le site d’Alexa Brunet : www.alexabrunet.com


Pour plus d’informations :

•    vieethabitatchoisis.blogspot.com
•    www.halemfrance.org
•    www.cmaville.org
•    www.caue-mp.fr

 

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