Article publié le 20/10/08 par MyCoop
Journée de refus de la misère et progression de la faim dans le monde
[Alternatives Economiques]
J’ai évoqué à plusieurs reprises sur ce blog diverses questions ayant trait à la pauvreté, à sa mesure et aux politiques visant à la combattre. ATD Quart Monde est à l’origine, depuis 1987, d’une journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre. C’est une date à ne pas manquer. De très nombreuses initiatives locales sont prévues. Martin Hirsch en profitera pour rendre publics les objectifs du gouvernement. Mais ATD Quart Monde est très critique.
Ces critiques convergent largement avec celles que j’ai développé antérieurement. Elles concernent, d’abord, un gouvernement qui « montre un manque d’ambition total pour les plus pauvres ». Elles portent, ensuite, sur le choix de Martin Hirsch d’un « nouveau mode de calcul plus favorable » (le taux de pauvreté ancré dans le temps) qui « fera baisser facilement le taux de pauvreté d’un tiers en cinq ans ». « On veut faire baisser d’un tiers le nombre de pauvres, en réalité, il s’agit de faire progresser ceux qui sont juste en dessous du seuil de pauvreté », dit à l’AFP Bruno Tardieu, délégué national d’ATD : « On craignait une politique d’écrémage, on voit clairement avec l’affichage des objectifs du gouvernement que c’est le cas ».
Je me permets d’ajouter un argument. Parmi bien d’autres choses (par exemple des emplois plus nombreux, des logements vraiment sociaux), il faut de l’argent public pour éradiquer totalement la pauvreté monétaire, et, vu son niveau actuel, il en faut beaucoup. Je n’ai pas d’estimations fiables (leur absence est un indicateur de faible intérêt public). Mais, en tenant compte des chiffres sur le nombre de pauvres à 60 %, 50 % et 40 % du revenu médian en 2006 (respectivement 7,86 millions, 4,2 millions et autour de 1,3 million, ce dernier chiffre étant une estimation personnelle en attente de chiffres officiels), il faudrait trouver de l’ordre de 20 à 25 milliards d’euros par an à redistribuer vers les 7,86 millions de pauvres. Soit autour de 250 euros par mois et par personne pauvre en moyenne. Impensable ! Les caisses sont vides ! On a déjà eu tellement de mal à dénicher 1,5 milliard pour le RSA !
Il faudra quand même expliquer aux Français :
1) pourquoi il est sain que les dividendes versés aux actionnaires par les seules entreprises du CAC 40 soient passés de 14 milliards d’euros en 1999 à 39 milliards en 2007 alors qu’il serait impensable de dégager 20 à 25 milliards par an pour près de 8 millions de personnes pauvres
2) et surtout comment on peut, en quelques jours, engager sous des formes diverses des centaines de milliards d’euros d’argent public pour « sauver les banques » en jurant, une main sur le cœur et l’autre sur le portefeuille, que cela ne conduira à aucune augmentation des impôts, et pourquoi on ne peut pas trouver quinze fois moins pour « sauver les pauvres », ou plus exactement pour nous permettre de vivre, tous, dans un pays sans pauvreté monétaire.
75 MILLIONS D’AFFAMES EN PLUS DANS LE MONDE
Cette journée du refus de la misère intervient peu après la publication de communiqués alarmants de la FAO. Pour la période 2003-2005, la FAO estimait à 848 millions le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde. En 2007, on atteint 923 millions, 75 millions de plus...


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