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Article publié le 15/06/09 par MyCoop

La gratuité (des services publics) contre l’égalité ?

[Alternatives Economiques]
Au cours des derniers mois, et notamment dans les luttes universitaires, une question a fait l’objet d’opinions contradictoires. On sait que les enfants des catégories aisées font des études plus longues et que, s’agissant d’enseignement supérieur public, eux-mêmes et leurs familles bénéficient en moyenne de plus de dépenses publiques que les familles pauvres. Certains en déduisent que « les pauvres paient pour les riches ». Nous allons voir que c’est inexact.

Je n’ai fait que reprendre, à des détails près, un passage de mon livre de 2006 sur les inégalités. J’y avais en effet traité cette question, dans les termes suivants.

Il faut tordre le cou à l’argument qui sert de prétexte aux libéraux pour exiger, au nom de l’égalité ou de l’équité, l’introduction de la concurrence marchande et la suppression corrélative de la gratuité dans les grands secteurs « sociaux », éducation, santé et protection sociale comprises, sauf pour des « nécessiteux ciblés ». Cet argument est le suivant : la gratuité profiterait surtout aux favorisés. L’exemple le plus fréquent est celui de l’éducation, mais la santé est également concernée.

Selon cette thèse, le système éducatif public pratiquerait, surtout dans le supérieur, une « redistribution à l’envers », qui verrait les contribuables modestes payer les études des enfants des riches. Si cet argument était vérifié, ce serait un beau scandale et il faudrait en effet dénoncer cette situation. Mais il est en réalité inexact. Il est vrai (voir le chapitre 6 de mon livre) que les enfants des ménages aisés accèdent à l’université et aux filières « nobles » dans une proportion bien plus élevée que ceux des ménages modestes, de sorte que la dépense publique d’enseignement supérieur profite plus aux ménages riches qu’aux pauvres.

Le CERC (Conseil de l’Emploi des Revenus et de la Cohésion sociale) a évalué cet écart de dépenses publiques . Selon lui, la dépense publique d’éducation supérieure « par enfant scolarisable » dont bénéficient en moyenne les 10 % de ménages les plus favorisés est quatre fois supérieure à celle qui revient aux 10% des ménages défavorisés. Cet écart est très (bien trop) important, et d’ailleurs il serait sans doute un peu supérieur à 4 si des éléments non pris en compte par le CERC faute de données intervenaient .

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