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Article publié le 06/02/10 par MyCoop

La saveur du pain partagé n'a pas d'égal / Saint Exupery

[Sylvain pour descroissants.org]
La problématique des ressources limitées n'est pas contestable, on ne peut pas continuer à piller la Terre au rythme actuel. Le bon sens nous impose de ralentir, diminuer, décroître notre impact sur ces ressources. Un premier moyen d'y parvenir serait de mieux exploiter les ressources que l'on utilise, de ne pas les gaspiller.

Regardons tous les biens matériels que nous possédons, utilisons dans notre quotidien. La plupart de ces objets ont été produits avec des durées de vie beaucoup plus longues que leurs durées d'utilisation. Toutefois, les lobbies industriels, capitalistes nous "poussent" à jeter notre matériel avant que celui-ci ne soit plus opérationnel. Nous achetons des meubles qui peuvent durer des décennies et pourtant nous changeons notre salon bien plus souvent. Nous remplaçons nos TV tout à fait opérationnelles et de qualité pour avoir la dernière technologie (l'Etat a récemment lancé une campagne de communication en nous encouragent vivement à passer au numérique. On aura plus de chaînes qu'on ne regardera pas, un rouge plus rouge car l'actuel n'est pas de qualité... Nos TV actuelles fonctionnent et nous conviennent ? Remplaçons les tout de même, sinon on sera dépassés...).

Considérons que nous avons besoin de remplacer certains de nos biens. Bien souvent, on ne se pose pas de question, on jette notre vieux matériel. On l'emmène à la déchetterie, les encombrants le récoltent, on le mélange avec nos ordures quotidiennes. De plus en plus en France, le tri sélectif se développe, mais ce n'est pas la panacée. Evidemment c'est un point très positif mais on ne peut pas se cacher derrière le leitmotiv : "c'est recyclable donc je peux jeter". En effet, le recyclage 100% n'existe pas : on demande une nouvelle dépense d'énergie pour le transport, la transformation de nos anciens objets en nouveaux (parfois identiques au précédent) et malgré l'efficacité de ce recyclage, le caractère entropique de notre monde nous amène à gaspiller de la matière non récupérable. Le plus dingue c'est que bien souvent on recycle pour faire les mêmes objets. J'ai souvent du mal à comprendre en allant jeter ma bouteille de vin pourquoi je dois la casser dans une benne. J'ai une bouteille dans la main, je la casse pour en refaire une. Quel intérêt ? Pourquoi les consignes n'existent pas plus en France comme dans d'autres pays...

Et si on arrêtait de faire ces opérations de destruction, ou en tout cas si on les réalisait uniquement quand cela est nécessaire. Nous avons une dette environnementale pour chaque objet possédé, alors évitons de les multiplier et au contraire étalons les au maximum dans le temps.

Un proverbe hindou dit "tout ce qui n'est pas donné est perdu". Le don est l'action de donner sans contrepartie, au moins apparente. En effet faire revivre un objet va vous enrichir autrement que financièrement mais cela n'est pas comptabilisé dans notre société actuelle où tout doit être valorisé.

D'ailleurs le don existe d'ailleurs déjà dans nos sociétés et fonctionne parfois très bien :
- don du sang très présent, on ne se pose pas de question, le sang n'est pas payé et permet de sauver des vies tous les jours,
- les logiciels libres que différents acteurs font évoluer,
- des communautés internet participatives où les membres partagent leurs connaissances,
- le couch surfing : on offre un lit, un canapé pour une nuit à des visiteurs,
- un repas à des invités...

On voit donc qu'il y a des succès de don et que ce n'est pas impossible dans notre monde actuel. Pourquoi ne pas continuer à le promouvoir ?

Nous avons très souvent dans notre entourage (sans le savoir parfois) une personne qui veut se débarrasser d'un objet qui nous intéresse. Le tout est de travailler à ces connexions. Nous devons créer des communautés, des réseaux permettant de trouver des objets qui nous intéressent et permettant de faire revivre ces objets, de leur trouver à nouveau une pleine utilité. Il existe en cherchant bien des moyens de faire ces échanges :
--> www.recupe.net est une plateforme visant à mettre en relation les personnes voulant donner leurs objets
--> des soirées "trocparty" se mettent en place. Les goûts vestimentaires, les formes évoluent. On achète des dizaines de tenue qu'on ne porte que trop peu de fois pour "user" complètement ses vêtements. Pourquoi ne pas les troquer plutôt que de les laisser vieillir dans son placard ou de les jeter ?
--> plutôt que d'acheter un nouveau portable tous les 6 mois, pourquoi ne pas échanger le sien avec quelqu'un ?
--> le 20 décembre dernier se tenait sur le Pont Marie à Paris une opération visant à donner une deuxième vie aux objets : le Grand Don. On vient, on déballe toutes ces affaires et les passants, badauts prennent les objets qu'ils leur plaisent sans contrepartie. Vous pouvez ainsi faire des rencontres, vivre un bon moment, voir un sourire sur le visage de la personne qui trouve cet objet d'une grande utilité au moment où il le prend...

Les exemples peuvent être nombreux. Pourquoi aller acheter un lustre neuf chez Ikéa alors qu'un voisin a le même et déménage en voulant s'en débarrasser ? Pourquoi ne pas échanger nos jeux de société plutôt que de les empiler dans les placards ? Pensez qu'on peut refaire deux salons sans rien acheter, il suffit de les échanger...

Lors d'un don, on est hors du marché, la référence commune qu'est la monnaie n'est plus utile. On ne cherche plus à maximiser ses gains et/ou minimiser ses pertes mais on joue sur la spontanéité gratuite sans attente de retour à des inconnus ou proches. On ne recherche pas le gain mais plutôt la réalisation de soi dans et par la relation.

Sur le marché, on a une dette "négative". On est dans une relation hiérarchique (on a plus ou moins que l'autre) et mieux vaut éviter d'être en dette. Avec le don, on a une dette "positive". Avoir "reçu" quelque chose donne envie de donner à son tour et on a toujours le sentiment de recevoir plus qu'on ne donne. En effet on donne des choses sans valeur à nos yeux, donc sans perte... Le don est ainsi une valeur de fraternité de transmission, de confiance dans la relation et comme souvent le plus compliqué est sans doute de faire le premier geste pour enclencher la machine.

On pourra même noter pour les plus capitalistes, intéressés par le profit que ce système peut également leur convenir. Un canadien à réussi à échanger un trombone contre un stylo rouge, puis une poignée de porte, une motoneige, rôle dans un film... et après une dizaine de trocs, il a finalement eu une maison dans l'état d'Alberta.

Gardons donc à l'esprit que le niveau d'utilité d'un objet n'est pas le même pour tous. Un objet sans valeur à nos yeux peut apporter une grande satisfaction à un proche ou un inconnu.

Source : www.descroissants.org

(cc) laurenatclemson

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