Article publié le 01/07/09 par MyCoop
Le (mauvais) bilan de la mondialisation libérale
[Alternatives Economiques]
La libéralisation des échanges s'est accompagnée d'une hausse des inégalités entre pays pauvres et pays riches. Tout en suscitant des crises à répétition et une croissance mondiale qui faiblit.
Quand les livres d'histoire aborderont la période qui s'étend du choc pétrolier de 1973 à la crise actuelle, nos descendants seront probablement surpris de constater à quel point nous avons fait preuve d'obstination dans l'erreur. En privilégiant à l'excès la liberté des flux commerciaux et financiers, la mondialisation de l'économie telle qu'elle est intervenue depuis une quarantaine d'années a en effet accru les inégalités entre les pays les plus riches et les plus pauvres, tout en suscitant des crises à répétition et en s'accompagnant d'un ralentissement de la croissance mondiale.
Rien d'étonnant à ces dysfonctionnements puisque l'espace de l'économie, devenue planétaire, s'est disjoint de celui de la régulation politique et de la redistribution, qui, lui, est resté essentiellement national. Bref, un bilan qui, en bonne logique, aurait dû appeler une correction de trajectoire bien avant que les déséquilibres accumulés au cours de ce processus ne débouchent sur la pire crise économique depuis 1929. Déclenchant du coup le retour de tentations protectionnistes qui charrient pourtant elles aussi une bonne part de risques et d'illusions...
Des revenus à la peine
En quarante ans, le commerce mondial a explosé. En 1970, importations et exportations ne représentaient en moyenne que 20% du produit intérieur brut (PIB) des différents pays. En 2007, ce chiffre était monté à 51% en moyenne mondiale, plus que le double. Et c'est dans les pays aux revenus les plus bas que cette proportion est à la fois la plus importante et qu'elle a le plus progressé. Mais, contrairement à ce que pronostiquaient les tenants de la "mondialisation heureuse", ce processus n'a pas accéléré la croissance des revenus des habitants de la planète, il l'a plutôt ralentie. En effet, toujours selon la Banque mondiale, la progression annuelle du PIB par habitant était, à l'échelle mondiale, de 3,3% par an dans les années 1960; elle est tombée à 1,9% par an dans les années 1970, pour ne plus être que de 1,4% par an dans les années 1980 et 1990. Ce taux est certes remonté à 1,8% entre 2001 et 2007, mais quand les chiffres de l'ensemble de la décennie seront disponibles - y compris donc ceux qui résultent de la crise actuelle -, il y a de fortes chances pour que la tendance négative antérieure se soit poursuivie, voire aggravée...
Commerce international (exports + imports) rapporté au PIB, en %
Commerce international (exports + imports) rapporté au PIB, en %
Progression annuelle moyenne du PIB par habitant par décennie, en %
On se heurte à un problème que le capitalisme avait déjà connu tout au long du XIXe siècle et encore au début du XXe, quand il s'était déployé dans le cadre des Etats-nations. L'exode rural et l'accroissement naturel de la population urbaine dans les pays du Sud (voir encadré page 52) alimentent une formidable "armée de réserve" de travailleurs potentiels. En l'absence de règles uniformes qui s'imposent partout et faute de mécanismes de redistribution à l'échelle mondiale, les acteurs privés mettent hommes et territoires en concurrence, et donc exercent une forte pression sur les salaires. Résultat: même si certains pays parviennent à tirer leur épingle du jeu en bradant le prix de leur main-d'oeuvre pour acheter des parts du marché mondial, au global, le capitalisme se retrouve régulièrement en crise comme actuellement faute de débouchés suffisants. Et ce malgré toutes les innovations géniales qu'il contribue à mettre sur le marché. Du fait notamment de l'expédient qui consiste à pallier le manque de revenus des clients potentiels en ouvrant grand le robinet du crédit, suscitant un endettement excessif.


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