Article publié le 23/12/08 par MyCoop
Pôle emploi : une fusion difficile de l'ANPE et des Assedic
[Alternatives Economiques]
Face à la remontée du chômage, Nicolas Sarkozy a voulu accélérer le processus de fusion de l'ANPE et des Assedic - vendredi 18 décembre, elle devra être accomplie sur papier, avec l'annonce officielle de la naissance du « Pôle emploi ».
Dans son discours de Rethel le 28 octobre 2008, le chef de l'Etat s'est même risqué à donner un calendrier : « Dès l'été prochain, il ne doit plus exister en France que des guichets uniques. Et dès septembre prochain, l'entretien unique doit être généralisé. » Une feuille de route qui a des allures de course contre la montre... voire de mission impossible, tant la réalité du terrain est en décalage avec l'hyperactivisme présidentiel.
Déjà, les difficultés s'accumulent. Les salariés de l'ANPE l'ont fait savoir le 1er décembre 2008, lors d'un mouvement de grève très suivi (48 % de grévistes selon la direction et 60 % selon les syndicats) dont l'objectif était justement de protester contre les conditions de la fusion de l'agence avec les Assedic. Sur le papier, il s'agit de simplifier les démarches des demandeurs d'emploi en réduisant le nombre d'interlocuteurs auxquels ils doivent s'adresser [1] .
L'idée semble frappée au coin du bon sens, tant la recherche d'emploi s'apparente parfois à un véritable parcours du combattant. Pourtant, les différences de statut, de métier et de culture qui existent entre les deux entités amenées à fusionner laissaient présager de la complexité du processus.
L'ANPE est une institution publique, chargée du placement des demandeurs d'emploi ; les Assedic, quant à elles, sont des organismes privés dont le rôle consiste à inscrire et à indemniser les chômeurs. Ce qui pose tout un tas de problèmes, en termes de salaires, de formations, de modes de recrutement, de gestion des congés et des RTT [2] .
Autre casse-tête en perspective : la refonte géographique des réseaux. Combien d'implantation y aura-t-il [3] ? Comment convaincre les salariés de déménager de leur lieu de travail ? Comment configurer les nouveaux locaux ? Autant de freins qui retardent la définition du contenu des prestations que proposera le nouvel opérateur.
Mais les enjeux liés à cette fusion dépassent de loin les simples intérêts catégoriels des différents personnels. Faute de moyens, c'est surtout le service rendu aux demandeurs d'emploi qui risque d'en pâtir. Ainsi, le principe d'un référent unique et d'un suivi personnalisé des chômeurs semble peu réaliste.
Améliorer la qualité des prestations de « Pôle emploi » supposerait de diminuer le nombre de demandeurs d'emploi suivi par chaque agent, qui est officiellement de 80 mais en réalité plus proche des 120 [4] . Or, la forte hausse du chômage augmentera mécaniquement ce ratio. Sans compter que la fin de la dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs âgés de plus de 57,5 ans fera affluer 400 000 seniors vers le « Pôle emploi », tandis que la mise en œuvre du revenu de solidarité active (RSA) imposera d'accompagner 300 000 personnes de plus.
Mais malgré cette hausse des flux, la fusion devrait se faire à effectif constant. Les gains de productivité générés par le rapprochement des deux institutions ne suffiront pas à relever ce défi. La direction propose donc de développer les entretiens téléphoniques, ce qui ne va pas vraiment dans le sens d'une personnalisation du suivi des chômeurs.


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