Article publié le 21/10/09 par MyCoop
Prendre la mesure du bonheur
[Julie Martinat pour MyCoop]
Mesurer le bonheur national brut ? La mesure spectaculaire initiée par le Bhoutan dans les années 70 a fait du chemin. Aujourd’hui les indicateurs du bien-être collectif se multiplient et investissent le débat public.
Le mois dernier, la commission Stiglitz rendait public son rapport sur la mesure de la performance économique et du progrès social. Sans complètement enterrer le PIB, elle propose la mise en place de nouveaux indicateurs pour évaluer le développement durable économique, écologique et social d’un pays. Une manière de replacer le bien-être social au centre des débats de l’économie politique ? Peut-être pas, mais au moins une tentative de pondérer la mesure de la performance économique, jusqu’ici fondée essentiellement sur la production de richesse et l’activité économique, en prenant en compte l’évolution réelle de la qualité de vie. Car, c’est un fait désormais acquis, la croissance économique d’un pays développé ne s’accompagne pas systématiquement – ou du moins durablement – de l’augmentation du sentiment de bien-être de ses habitants. La publication du rapport a donc eu le mérite de relancer ce sujet dans le débat public, quand, a contrario, les effets de la crise économique et financière se chargeaient de rappeler qu’il existe bel et bien un lien entre le bien être individuel et collectif et la dégradation de la situation économique globale.
Le choix des indicateurs
De fait, au moment où l’on continue de se demander comment faire pour atténuer les effets de la crise et pour relancer la croissance, des économistes de plus en plus nombreux, se demandent, quant à eux, comment faire pour que la croissance économique d’un pays entraine l’augmentation du bien-être de ses habitants. Le rapport de la commission Stiglitz a apporté sa contribution au débat. Il propose de nouvelles pistes d’investigation statistique, centrée sur l’observation des revenus et de la consommation, mais aussi de la santé, de l’éducation, des loisirs, de la gouvernance et de l’environnement naturel, pour mieux comprendre les facteurs ou les indicateurs du « progrès social ».
Etrangement, le lien des individus avec leur environnement de travail a été ignoré par les experts de la commission. Pourtant c’est bien là que se tissent (en tous cas, pour la population active) les liens les plus directs entre bien-être individuel et production de la richesse collective.
Les études d’Andrew Clark, menées dans les années 90, ont montré que notre rapport à l’emploi est constitutif de notre rapport au bien-être. Dans les pays de l’OCDE étudiés*, le niveau de satisfaction moyen des personnes qui ont un emploi est systématiquement plus élevé que celui des personnes au chômage, et ce, même lorsque cette situation dure, ce qui n’est pas le cas d’autres variables, modifiées plus ou moins rapidement par les phénomènes d’accoutumance (revenus, mariage…). Mais quid de la prise en compte du bien-être au travail dans la mesure du bien-être global ? Si la commission Stiglitz écarte bien rapidement cette question – pourtant revenue sur le devant de la scène ces derniers mois, avec la médiatisation des suicides de salariés de France Télécom –, d’autres études l’ont en revanche bien intégrée. Le baromètre BIP 40 développé dans le Nord Pas de Calais**, comprend par exemple une quinzaine d’indicateurs portant sur les conditions de travail, les relations professionnelles ou le sentiment de précarité face à son emploi. Il permet de mesurer plus finement qu’avec la simple compréhension de notre rapport à l’emploi et au chômage notre rapport au travail et son incidence sur la qualité de vie. Le choix des indicateurs n’est évidement pas le fruit du hasard. Légitimé a posteriori par la construction statistique, il influe sur notre représentation du bien-être social et des liens qu’il entretient avec l’activité économique.
Somme toute, la vitalité des initiatives développées en ce sens par des acteurs alternatifs au niveau international ou local est réelle. La diversité des outils d’évaluation du progrès environnemental, social et humain ainsi créée permet de nourrir le débat public sur le sens et les objectifs de l’économie politique. Leur publicité est un bon moyen, à terme, d’influer sur l’élaboration des politiques publiques et sur leur évaluation.
* notamment Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne
** le rapport « Inégalité et pauvreté dans la région Nord Pas de calais », a été publié en juillet 2009, il est consultable sur le site de l’IDIES : www.idies.org/public/FAIR/EPR_12_BIP40.pdf
A consulter :
Le rapport de la commission sur la performance économique et le progrès social : www.stiglitz-sen-fitoussi.fr
Le site de l’institut pour le développement de l’information économique et sociale : www.idies.org
Source :www.tessolidaire.com/
cc carol.am


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