Article publié le 24/10/09 par MyCoop
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Quand le travail tue…
[Camille Peugny pour Alernatives Economiques]
La vague de suicides parmi les salariés de France Télécom (plus d’une vingtaine au cours des dix-huit derniers mois) remet au centre des débats la question des conditions de travail dont on redécouvre qu’elles peuvent avoir une influence sur la santé physique et mentale des salariés.
L’enquête Sumer (Surveillance médicalisée des expositions aux risques professionnels) copilotée par la Dares (Ministère du Travail) permet de suivre depuis 1994 l’évolution des conditions de travail. En attendant les résultats de la vague 2009, celles réalisées en 1994 et 2003 permettent de dresser deux constats principaux.
Premier constat, la pénibilité du travail est loin d’avoir disparu dans la France du vingt-et-unième siècle. Bien au contraire, entre 1994 et 2003, l’exposition des salariés à la plupart des risques et pénibilités du travail s’est plutôt accrue. Ce sont surtout les contraintes organisationnelles qui se renforcent, en même temps que la nécessité pour les entreprises de s’adapter aux exigences du marché et de la clientèle. Deux chiffres, parmi tant d’autres, pour illustrer cette évolution. En 2003, 55% des salariés affirment devoir répondre rapidement à une demande extérieure, contre 49% en 1994. Dans l’intervalle, la proportion de salariés soumis à un contrôle informatisé de leur activité a doublé. Quant à la pénibilité physique, elle se maintient à un niveau élevé comme en témoignent les 41% de salariés soumis à la manutention manuelle de charges lourdes en 2003 (38% en 1994). Certains imaginaient que sous le poids de la tertiarisation de l’économie et de l’informatisation, la civilisation de la « peine » laisserait place à une civilisation de la « panne » : les pannes existent certes, mais la peine demeure largement présente dans la vie au travail.
Second constat, la montée des risques psychosociaux : les facteurs psychologiques et sociaux liés au travail exercent un effet, positif ou négatif, sur la santé des salariés. Un sociologue américain, R.A. Karasek, a proposé à la fin des années 1970 un outil permettant de mesurer le poids de ces facteurs. Il propose de distinguer deux dimensions principales du vécu au travail : la « demande psychologique » d’une part (rapidité, complexité et prévisibilité du travail notamment) et la « latitude décisionnelle » de l’autre (latitude et marges de manœuvre, utilisation et développement des compétences).
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