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Article publié le 08/01/10 par MyCoop
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Critiques du microcrédit Nord-Sud

[Tessolidaire]
De même que la société du spectacle absorbe la critique de la société du spectacle, on peut avoir l'impression que le commerce équitable et la microfinance intègrent désormais les controverses auxquelles ces deux secteurs ont été mêlés ces dernières années.

Lors de la Semaine de la finance solidaire, les conférences organisées en Ile-de-France faisaient en tout cas une place aux débats qui agitent toujours le microcrédit Nord-Sud : lutte contre la pauvreté pas toujours avérée, taux d'intérêt élevés, marchandisation du microcrédit, voire néocolonialisme. Face à des reproches parfois acerbes, associations et ONG ont dû faire la preuve de leur bonne foi. Lors de la conférence à l'ENSTA (Répondre à la crise : des alternatives solidaires avec le Sud), l'universitaire Jean-Michel Servet, très critique du modèle de la Grameen Bank, a expliqué qu'il n'y avait pas qu'un seul modèle de microcrédit, qui fonctionne partout et toujours, mais des IMF (institutions de microfinance) qui construisent des actions diverses. Ses coups de griffe vont surtout vers le microcrédit imposé du haut par les organisations internationales, « qui disent aux populations les plus exposées aux risques, prenez encore plus de risques en vous endettant ». Il estime que cette course au crédit a été la cause du krach financier, alors que les besoins de la planète sont d'abord en épargne. Pour autant, le microcrédit productif, élaboré par des acteurs locaux, contribue, selon lui, à diminuer la pauvreté, à de multiples conditions (s'adresser aux « vrais » pauvres, créer des activités avec des débouchés, être sûr que le pays a besoin de liquidités extérieures, etc.). Lors des Rencontres de Babyloan, Arnaud Poissonnier, le fondateur du site, a reconnu que le grand public découvrait le secteur par les polémiques et qu'il fallait sans doute encore plus de transparence. Dans les débats, la chercheuse Solène Morvant-Roux a souligné que « l'objectif de lutte contre la pauvreté avait été dépassé par celui d'inclusion financière. Ce qui explique que les bailleurs de fonds ont incité les IMF à être rentables. » Aujourd'hui, la microfinance devient un secteur très segmenté par rapport aux types de bénéficiaires.

Il faudrait donc prévoir un meilleur encadrement des crédits et des indicateurs pour distinguer les bonnes IMF. C'était précisément un des éléments de débat lors d'une troisième conférence à Sciences Po Paris : Microfinance et investissement solidaire. Laurent Chéreau, de la Sidi a expliqué qu'un travail était en cours sur la performance sociale, pour étudier les moyens utilisés pour parvenir à des objectifs sociaux. Il estime aussi que le débat sur le microcrédit vient de sa massification (150 millions de clients dans le monde).

La digestion de ces critiques parfois virulentes est aussi le signe que le secteur devient plus mûr. Cela n'empêche pas non plus de constater les effets bénéfiques d'un microcrédit bien équilibré. A la conférence de l'ENSTA, Moumouni Konaté, dirigeant de l'entreprise SPH, avait fait le lointain voyage du Burkina Faso, pour exprimer l'apport (en prise de participation et en accompagnement) de l'association Tech Dev et du fonds Afrique de Garrigue, qui lui a permis de démarrer une activité de savonnerie, qui compte déjà 12 emplois et des débouchés à l'international. Une microfinance qui marche !
www.garrigue.net

Source : Tessolidaire

(cc) HikingArtist.com


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