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Article publié le 30/12/08 par MyCoop

Dans quelle mesure mon assureur contribue-t-il au changement climatique?

[Ecolo Info]

A l’occasion de la conférence des Nations Unies sur le climat qui s’est terminée avant hier à Poznan, les Amis de la Terre France ont publié cette semaine le rapport “Assurances françaises : changements climatiques garantis ?”.

C’est la première fois qu’une étude est faite sur les 15 plus importants assureurs français* et…. il apparaît qu’aucun d’entre eux ne dispose d’une politique climatique complète. Pourtant, la gestion d’actifs des assureurs français génère des émissions induites de 490 millions de tonnes de CO2, ce qui équivaut à 90 % des émissions totales de la France.

Au banc des accusés, on trouve surtout les politiques de gestion d’actifs, qui surprennent par leur laxisme en matière climatique et énergétique. Les pouvoirs publics ne se sont pas non plus emparés du sujet : à l’heure actuelle, aucune réglementation ne fait le lien entre climat, énergie et gestion d’actifs. A la question de savoir si les investissements climaticides ont encore de beaux jours devant eux, les Amis de la Terre ont mené l’enquête… avec assurance ! Voilà quelques explications avec Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre, que nous avions déjà interrogé il y a quelques temps au sujet du choix des banques.


Salut Yann  ! Vous venez de sortir un rapport sur les assurances françaises et le changement climatique… Au premier abord, on ne voit pas trop le lien ? Peux tu nous expliquer en quoi mon assurance a un impact sur le climat ?

Eh bien… c’est la même chose que pour les banques ! Au premier abord, les liens entre “assurance et climat” laissent penser instinctivement aux émissions de gaz à effet de serre (GES) émises dans le réseau des agences françaises ou par les déplacements de leurs employés, ce que nous appelons les impacts “directs”. Mais comme pour les banques, l’enjeu n’est pas du tout là mais bel et bien dans le coeur de métier des assurances, à savoir la distribution de produits d’assurance et la gestion d’actifs, les assureurs étant assis sur un tas d’or !

De toute façon, les changements climatiques ont déjà et auront un impact direct sur l’activité des assureurs de par l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements climatiques extrêmes, une évolution qui se fait d'ores et déjà douloureusement ressentir dans le secteur depuis plusieurs années. Pour donner quelques chiffres, Allianz estime que 40% des dommages aux biens assurés sont dûs aux catastrophes naturelles, ce qui a coûté aux assurances la bagatelle de 28 milliards de dollars l’an dernier, un chiffre en constante augmentation.

Quelles sont les principales observations du rapport ?

La première observation, c’est que l’on part de loin et qu’il y a d’énormes progrès à faire dans le domaine !

Les assureurs ont deux rôles majeurs à jouer pour faire face aux enjeux climatiques, et ils se débrouillent mieux dans le premier que dans le deuxième:

1. Favoriser les changements de comportement de la population en proposant des produits d’assurance automobile et habitation aux particuliers incitatifs.

Les incitations en question pour l’assurance automobile sont les suivantes :

    * Politique de prix préférentielle pour les véhicules de classes A et B, pour les forfaits à faible kilométrage, et pour les utilisateurs des transports en commun;
    * Surprime pour les voitures les plus émettrices (classe D et suivantes) ou qui parcourent le plus de kilomètres à l’année;
    * Formations à l’éco-conduite modifiant le comportement des assurés et diminuant la sinistralité et l’impact environnemental de la conduite;
    * Intégration de critères environnementaux exigeants pour les réseaux de garages agréés.

Et pour les produits d’assurance habitation :

    * Couvrir sans surprime les systèmes de production d’énergie renouvelable et l’utilisation d’éco-matériaux;
   * Garantir la production d’énergie de source renouvelable;
   * Mettre en place une politique tarifaire préférentielle pour les logements les plus efficaces énergétiquement, sur la base du label BBC (Bâtiment Basse Consommation) en construction et rénovation;
   * Lors de la reconstruction post-sinistre, encourager fortement une reconstruction très efficace énergétiquement.

2. Mais l’effet de levier le plus important réside assurément dans la gestion d’actifs, c’est-à-dire dans l’utilisation et l’allocation des fonds collectés par les assurances, les investissements réalisés avec les 1 500 milliards d’euros que contrôlent les assurances françaises.

Et dans ce domaine, bien peu de choses sont faites à l’heure actuelle. A commencer, comme pour les banques, par le calcul des émissions induites par les investissements des assurances. Seule CNP Assurances calcule une partie des émissions de ses fonds, mais c’est indépendant de sa volonté puisqu’elle a en fait bénéficié de l’initiative de l’étiquetage de la Caisse d’Epargne qui distribue une partie de ses produits.

La MACIF a également testé l’un de ces fonds cet été. En l’absence de données, difficile de prendre des engagements de réduction des émissions de GES induites alors qu’elles sont absolument indispensables vu les montants en jeu pour respecter les engagements français (facteur 4 d’ici 2050), européens et mondiaux. De nombreuses assurances sont “en réflexion” sur le sujet, mais on attend toujours des résultats concrets !



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(cc) freakdog

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