Article publié le 17/03/09 par MyCoop
Décroissance : pas une mode de crise, un choix de société
[Laure Noualhat Journaliste
écologie/ environ- nement @Libération]
Au journal, on m'a demandé si le regard sur les décroissants avait changé. D'abord, il a fallu expliquer que les décroissants ne décroissaient pas mais qu'ils émettaient des objections à la croissance.
L'exactitude du vocabulaire implique que l'on parle des objecteurs de croissance. Ceci étant rectifié, je pouvais demander à ces militants quelle perception ils avaient du changement de regard sur leur mouvement et leurs idées. Certains pensent qu'il s'agit -encore une fois- d'un malentendu.
A la maison des métallos, dans le 11ème arrondissement, les objecteurs de croissance se sont donnés rendez-vous à l'invitation du Crédit coopératif pour discuter. Audrey parle d'un Envoyé spécial qui l'a "stigmatisée". Il faut dire que la trentenaire, disposant d'un travail et d'un salaire, a choisi de glâner, c'est à dire de ramasser des fruits et légumes à la fin des marchés, ou de se servir dans les poubelles des supermarchés.
Ceux qui sont contraints par la misère à le faire apprécieront. Mais c'est un autre débat. Je n'ai pas vu le Envoyé spécial, je n'ai pas la télé. Mais on peut y trouver un commentaire ici. Plusieurs personnes m'ont dit que l'émission mettait en scène trois personnages tous plus stéréotypés les uns que les autres. Et qu'il était dommage, encore une fois, que le mouvement de la décroissance soit assimilé à une stratégie d'adaptation, à une mode, contextualisée par la crise.
A la réunion des Métallos, Jean-Luc Pasquinet, un des coordinateurs du Mouvement des objecteurs de croissance, a souvent pris la parole, pour dire, entre autres, que les initiatives individuelles ne suffisaient plus. "On ne peut pas résumer la décroissance à des choix de vie personnels, austères. c'est un choix de société, un choix politique. C'est de cela dont il faudrait parler désormais."
Kristo, depuis son email, reconnait que les grands médias semblent s'être éveillés aux objecteurs de croissance, mais en "évoquant des cas particuliers et des tranches de vies, plutot que de parler de l'aspect politique et de choix de société..." C'est tout nous, ça, les journalistes, rester à la surface des choses.
Pour lui, les médias feraient mieux d'évoquer la crise comme "étant à la fois financière, économique, sociale et environnementale", comme une crise totale, salutaire. "Il faut s'en réjouir: c'est un peu comme une voiture qui fonce sans regarder les obstacles, et qui serait stoppée par une crevaison. Avant de rentrer dans le mur, quelle chance de pouvoir réfléchir plutôt que de redémarrer tête baissée." Si seulement...
Jean-Luc Pasquinet, du Moc, reconnait: "On ne nous ignore plus, mais notre message est tronqué (le glanage, les yourtes, la pauvreté), mais c'est aussi dû à notre message qui n'est pas encore assez clair, n'oublions pas que décroissance est un "mot-obus", il permet de relancer le débat sur la critique radicale du système mais ne dit vraiment pas quoi faire..."
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(cc) Tim Morgan


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