Article publié le 19/03/09 par MyCoop
Discriminations : le retour du débat sur les statistiques ethniques
[Alternatives économiques]
Statistiques ethniques, un outil efficace pour lutter contre les discriminations ? Alternatives Internationales a posé la question à deux experts reconnus du sujet, le sociologue Robert Castel et la juriste Gwénaële Calvès.
Alternatives Internationales : La République française se veut aveugle à toute distinction fondée sur l'origine, la race ou la religion, selon les termes de la Constitution. Cette position de principe est-elle encore tenable aujourd'hui, notamment pour lutter contre les discriminations ?
Robert Castel. Je suis très attaché au modèle républicain. Et le refus de principe de l'Etat de prendre en compte ces différences part de bonnes intentions puisqu'il vise précisément à ne pas appliquer de traitement discriminatoire à telle ou telle catégorie de la population. Mais cette cécité volontaire devient dangereuse. Car dans la société, les discriminations fonctionnent et elles sont aujourd'hui fondées sur des critères ethniques ou, pour parler plus clairement, raciaux.
Ces discriminations, qui ont pris une importance croissante - ou du moins dont on devient de plus en plus conscient - depuis une dizaine d'années, mettent en péril le pacte qui fonde la République. Lorsqu'au XIXe siècle, la République interdisait aux petits Bretons, par exemple, de parler leur langue à l'école, elle voulait leur offrir une véritable possibilité de promotion sociale, en échange de cette impossibilité d'exprimer leur identité culturelle en public. Le français était un sésame exigé d'eux. Dès lors qu'ils l'avaient appris, ils n'étaient pas l'objet de discriminations parce qu'ils étaient nés en Bretagne.
Aujourd'hui, pour les jeunes gens issus de l'immigration ou des DOM-TOM, la situation est tout à fait différente et même opposée. Non seulement ils ne sont pas reconnus a minima dans leur différence, mais ils se voient stigmatisés en raison de celle-ci. Ils voient s'opposer des barrières, par exemple à l'emploi, en raison de leur patronyme.
Ils peuvent être l'objet de contrôles de police plusieurs fois par jour simplement à cause de la couleur de leur peau... Si de telles discriminations ne sont pas énergiquement combattues, ces jeunes risquent de s'approprier le stigmate dont ils sont frappés, de se replier sur une identité ethnique ou raciale mythifiée, et de se réfugier dans le communautarisme. Quelle que soit par ailleurs l'ampleur non négligeable de la politique menée par l'Etat en faveur des quartiers en difficulté.
Ce combat contre la discrimination exige de prendre en compte ce critère racial. Non pas pour instaurer une discrimination positive au sens d'établir des quotas de recrutement dans l'administration l'université, les entreprises, etc. Mais par exemple pour établir des statistiques ethniques qui permettent de mesurer l'ampleur de la discrimination négative. Et donc de la combattre résolument.
Commentaires
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