Article publié le 26/02/10 par MyCoop
Ecologie du temps: L’Homme pressé presse
[Ecolo Info]
Je cours, tu cours, il court, nous courons, vous courez, ils courent… voilà à quoi pourrait se résumer actuellement notre vie de tous les jours. Allez vite, toujours plus vite… Gagnez du temps, pour en faire toujours plus… l’Homme d’aujourd’hui est constamment pressé, débordé. L’homme court; après quoi? Pourquoi? Quoiqu’il en soit, cette course pèse à la fois sur notre santé mais aussi notre environnement.
Notre expérience parisienne
Dimanche soir, Anne-Sophie (Ly) et moi, allions quitter Paris pour revenir dans le Nord, chez les Chti. Affamés, au détour d’une rue de Paris, nous trouvions une sandwicherie libanaise. Une fois la commande prise, le vendeur préparait le sandwich avec soin et en prenant son temps. Etrange sensation… nous trouvions cela très relaxant. Un vrai signe de qualité, avant même d’avoir encore goûté. Nous n’avons pas été déçus!
Cela contrastait avec le week-end totalement “speed“. Une boulangère qui, à midi, faisait tout à la va-vite, devant une clientèle qui s’impatientait. Sur la route, au feu vert, du klaxon si vous ratez le top départ à la seconde près. Les piétons pressés traversent “au bonhomme rouge” s’ils en ont la possibilité ou en force.
Notre souci de toujours en faire le maximum
Faire un maximum de choses en un minimum de temps, … la productivité du travail (et ses conséquences sur notre santé - épuisement, burn-out, management par la peur, harcèlement…), semble avoir aussi contaminé notre vie en dehors du travail. Nous semblons être pris dans une spirale du “faire toujours plus” et “plus vite”. Voici quelques exemples, dans différents secteu
Sommaire :
1. Education: Les loisirs surchargés des enfants
2. Le tourisme de masse “carte postale”
3. Alimentation: L’ère du “fast-food”, des plats préparés et de la nourriture industrielle
4. Textile et mode: L’ère du Fast-Fashion
5. L’ère du capitalisme rapide ou “Fast Capitalism”
6. L’épuisement des ressources naturelles ou l’ère du conso-gonzo-rapide
7. Conclusion
Education: Les loisirs surchargés des enfants
Faire faire un maximum d’activités à nos enfants. Voilà, un vrai phénomène révélateur…. Le mercredi, c’est la course aux activités pour les enfants, les mettant sous une pression jamais vue. L’article “Ces enfants trop occupés” (Source: CanalVie) résume bien la situation. Nous projetons sur nos enfants nos propres peurs et préoccupations.
“Comme si cela n’était pas assez, la tendance veut qu’on inscrive nos bambins, voire nos poupons, à une kyrielle d’activités éducatives et sportives. Bien que de plus en plus de parents osent se prononcer contre cette surcharge des agendas, plusieurs continuent de suivre la vague de plein gré ou non. Or, il n’est pas rare que les médecins reçoivent dans leur cabinet des enfants présentant tous les symptômes de l’épuisement.[...] Le temps libre - une nécessité.
Dans notre société hyper stimulée, l’ennui fait peur et est considéré comme un échec. Mais cette absence de temps morts et de périodes de jeu non dirigé prive l’enfant d’un atout essentiel : la créativité. L’enfant confronté à l’ennui doit apprendre à se divertir seul ou avec ses frères et sœurs. Et il faut de l’imagination et de la créativité pour y arriver. C’est aussi par ces périodes de temps libre qu’il découvre ses propres intérêts et développe sa capacité à résoudre des problèmes. Bref, qu’il apprivoise le monde.”
Il est toujours intéressant de voir comment nous traitons certains problèmes de santé (donc l’être humain). Les liens santé et environnement sont de plus en plus démontrés.
Le tourisme de masse “carte postale”
Visiter un maximum de lieux en un minimum de temps… voilà à quoi se résume pour certains les vacances, à l’image de ces stéréotypes sur les Japonais débarquant avec leurs appareils photos et repartant en car une fois le quart d’heure photos fini.
Il faut avoir “tout vu”: on va à l’endroit en question, on prend une photo pour le souvenir carte-postale … et hop! on repart pour la prochaine destination, sans réellement profiter des lieux ni de ses habitants. Et cela n’est pas qu’un phénomène “japonais”: nous, occidentaux faisons la même chose. Ce n’est pas sans conséquences en termes de transports, d’émissions de CO2.
En réaction, des phénomènes comme le “slow tourism” ou le tourisme durable se sont développés. Ils visent un tourisme de qualité, respectueux de la faune et de la flore, en lien durable avec les gens qui vivent sur place.
Alimentation: L’ère du “fast-food”, des plats préparés et de la nourriture industrielle
Notre temps, à quoi le consacrons-nous? C’est là qu’on peut parler d’”écologie du temps”… clairement, pour différentes raisons sociales et historiques, nous consacrons de moins de temps à cuisiner. L’article “Alimentation, où va la France (2007)” décrit très bien la situation:
On passe de moins en moins de temps à table et le repas se simplifie”, “l’heure du dîner est de moins en moins la même chaque soir.” “C’est l’horaire qui s’adapte à l’individu et non plus l’inverse”.
Ainsi, nous faisons place aux plats préparés, transformés et au fast-food. Le problème ne vient pas tant de l’existence de ce type d’alimentation mais bien de la proportion que cela représente dans notre alimentation, comme le souligne ce blog qui étudie la malbouffe en France.
C’est notre gestion du temps qui soulève des questions. En consacrant moins de temps à l’alimentation, nous perdons la maîtrise de ce que nous mangeons; nous mangeons de plus en plus mal et cela a un impact sur notre santé mais aussi notre environnement. Nous tendons à perdre en autonomie en matière d’alimentation et devenons plus dépendants des grands industriels et multinationales de l’agro-alimentaire.
Face à cette malbouffe, des mouvements comme le Slow Food se sont développés. Ils visent à revenir vers l’art et le plaisir d’une alimentation saine et de qualité. Manger plus lentement nourrit mieux! Les cinq raisons pour manger plus lentement sont: perdre du poids, appréciez votre nourriture, une meilleure digestion, moins de stress, un acte politique contre la vie rapide!
Textile et mode: L’ère du Fast-Fashion
Julie d’Ecolo-Info nous évoquait dans son billet “Slow Wear: nouvelle tendance de mode… éthique!” cette tendance à l’accélération dans la mode.
“Depuis plusieurs années, la cadence de commercialisation dans l’habillement (la Fast Fashion) est basée sur une offre renouvelée en moyenne toutes les deux à six semaines dans les grandes chaînes de boutiques.
D’ailleurs, dans le film Wall-E, film d’animation (bien critique de notre société de consommation), on voit des personnages évoluant dans un futur pas si lointain qui se baladent sur un véhicule volant et entendant une voix annonçant que la mode actuelle vient de changer “Try blue, it’s the new red” (en anglais): le rouge est démodé, maintenant c’est l’habit bleu qui est tendance. On voit alors tous les habitants, en appuyant sur un bouton changer de couleur au fur et à mesure que l’information se propage.
Le Slow design, Slow wear se développe: “au lieu de multiplier les achats de pièces uniformisées et bon marché, on retourne aux articles plus basiques, de qualité, au style intemporel.”
L’ère du capitalisme rapide ou “Fast Capitalism”
Dans cette accélération, la logique capitaliste économique privilégie naturellement “ce qui rapporte de l’argent” mais encore plus “ce qui rapporte de l’argent rapidement”. Ainsi d’après ce document en anglais intitulé “Fast Food, Fast Capitalism, Fast Politics” (ou l’hyper-capitalisme), structurellement, la “financiarisation” de l’économie est inévitable, simplement parce que l’économie de production est considérée en terme de retour sur investissement comme étant “trop lente“. Spéculer rapporte bien plus rapidement. Ce n’est pas sans conséquence sur nos économies. Il suffit de voir la crise. (Voir article sur la déconnexion entre finance et économie).
Certaines banques coopératives ont compris qu’il fallait revenir à leurs fondamentaux dont le financement de projets de proximité et durables (solidaires, écologiques, sociales, etc…).
Richard, Avant La Lettre, Massif de Belledonne, Isère, le 21 juin 2008
Vers un “slow business”? C’est la discussion que nous avons entamée avec Olivier et des membres du collectif de blogueurs d’EcoloInfo. Des entreprises qui grandissent doucement mais sûrement en toute indépendance, fondées sur des valeurs familiales (ou de proximité) au lieu de ces entreprises qui se développent vite à coup de levée de fonds, d’acquisition, de financements externes, IPO et autres OPA,…
Jerry Stiffelman a écrit sur TreeHugger un manifeste pour un Slow Business. Il définit ce qui est un “slow business” et ce qui ne l’est pas. Une entreprise qui accélère tout impose aussi sa cadence à ses partenaires (une sorte de cercle vicieux). Cela les prive du temps d’avoir une relation approfondie entre partenaires. On devient esclave de son travail… Pour lui, un Slow Business, ce n’est pas la vitesse contre laquelle on se bat mais bien “la vitesse au détriment de la qualité” (qualité de vie, qualité du travail, qualité du plaisir).
L’épuisement des ressources naturelles ou l’ère du conso-gonzo-rapide
Finalement, ce que nous appelons l’épuisement ou la surconsommation des ressources naturelles n’est-ce pas là qu’un simple indicateur temporel? Il indique simplement que nous consommons plus vite que les capacités de régénération de la planète.
Richard, Avant La Lettre, Saint-Martin-de-la-Cluse, Isère, janvier 2008
Il y a différents mouvements que nous pouvons qualifier de “slow consumption”. Ils invitent à ralentir et réduire le niveau de consommation surtout dans les pays riches. Ils sont connus sous les termes de: “décroissance“, “sobriété heureuse”, “simplicité volontaire“, “negawatt” (pour la production négative d’énergie ou réduction d’énergie), “facteur 4“ et autres mouvements contre la société de consommation telle que nous la connaissons (mouvements anti-pub, anti-consommation, etc).
Conclusion
Nous voyons donc que le facteur ”temps” est important. Il impacte à la fois notre santé individuelle et notre environnement collectif et futur. Vouloir gagner toujours plus de temps? Pourquoi faire? Dans quel but? Cela repose nécessairement la question de la relation au temps? Que faisons-nous de notre temps? Quel sens donnons-nous à ce temps? Bref l’écologie du temps… “ce n’est pas la vitesse contre laquelle on se bat mais bien “la vitesse au détriment de la qualité” (qualité de vie, qualité du travail, qualité du plaisir), ou plus simplement lutter contre “le court terme” au détriment du “long terme”.
Nous sommes arrivés à un point où l’homme libre a de multiples possibilités et choix. Aujourd’hui, toutes ces “possibilités” donnent le tournis. Nous sommes limités par le temps (nous ne vivons pas éternellement), nos ressources et notre environnement. Il faut donc faire des choix. Où est-ce que j’ai envie de mettre mon temps? Sais-je renoncer à certaines choses? Cela pose la question du sens? Mon bonheur repose t-il sur la quantité de choses réalisées? Sur ma qualité de vie? Vie quantitative ou vie qualitative?
Notre condition d’être humain et notre planète nous imposent des limites de temps. Nous n’avons qu’un corps, qu’une vie, … II y aura toujours des obstacles et des contraintes physiques, nous n’avons qu’une seule planète… Acceptons-nous ces limites ou souhaitons-nous les dépasser au risque d’abîmer notre santé et notre environnement ?
Il n’y a pas de limite à l’accélération du temps. Si nous écoutons nos pulsions, ces dernières recherchent à être satisfaites immédiatement et instantanément. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour réaliser nos envies immédiates? Est-ce que notre corps (santé physique), notre esprit (santé mentale) et notre planète pourront suivre ce rythme?
Nous pourrions imaginer une société de consommation ultra-poussée dans la quasi-instantanéité: vous avez faim et avez envie de manger, par exemple, un burger? Pas de problème, vous l’avez pensé, … il vous est servi de manière immédiate, dans la seconde qui suit, où que vous soyez! Maintenant, imaginez ce que cela impliquerait concrètement dans le monde physique: des gens qui travailleraient et produiraient toujours plus vite, à quel coût de santé, social et environnemental? Voilà, faire toujours plus vite, pourquoi faire?
Savons-nous attendre? Prendre le temps? Savons-nous apprécier les choses simples de la vie? Alors, comme qui dirait: “cool la vie!” Mettez le pied sur le frein… Rien ne sert de courir, il faut partir à point.
«Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme, mais pas assez pour assouvir son avidité.» [ Gandhi ]
Source : Ecolo Info
(cc) Richard, Avant La Lettre, Saint-Martin-de-la-Cluse, Isère, janvier 2008
Commentaires
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