Article publié le 26/04/10 par MyCoop
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Entrepreneuriat social et économie sociale : contre ou tout contre ?
[Julie Martinat pour Mycoop]
En créant le Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves), les représentants des entreprises sociales ont l’ambition de porter haut la voix d’une autre économie possible. Laquelle ? C’est le débat qui anime, quelque mois seulement après son lancement, le secteur de l’économie sociale et solidaire.
Le contexte de crise et de prise de conscience de la responsabilité sociale des entreprises est propice à la montée en puissance des modèles d’entrepreneuriat alternatifs. Pour autant l’économie sociale et solidaire peine à faire valoir ses réponses. C’est de ce constat qu’est issue l’ambition des représentants des entreprises « sociales » à l’initiative de la création du Mouvement des entrepreneurs sociaux. Leur objectif : « se faire entendre, faire mouvement, changer d’échelle » (1).
Que les acteurs de l’économie sociale et solidaire aient du mal à se faire entendre dans le débat public, c’est un point sur lequel tous les observateurs s’accordent. Que les représentants des entreprises sociales prennent en main le porte-voix de l’ESS pour faire valoir l’entreprendre autrement, c’est autre chose... Pourtant, les entreprises d’insertion et les entreprises sociales font partie intégrante du secteur de l’économie solidaire depuis les années 1980. Elles inscrivent dans leur projet une finalité sociale et revendiquent un objectif de lucrativité limitée (2).
Entreprises sociales et social business
Toutefois, comme le rappelle Jean-François Draperi, dans son éditorial de la revue Recma (3), la forme de solidarité que défend l’économie sociale est bien différente. Fondée sur une action collective, ses bénéficiaires sont aussi sociétaires et sa finalité, l’émancipation de tous (3).
Un statut et des finalités déterminants, qui excluraient de fait les entreprises commerciales aux statuts plus classiques de SA ou de Sarl du secteur de l'économie sociale. Cette défiance est augmentée par l'intérêt croissant que leur portent les grandes fondations et leurs programmes d’actions philanthropiques, qui transforment la finalité sociale de l'entreprise en "social business" : «l’entrepreneuriat social est en concurrence avec l’économie sociale, simplement parce qu’il définit une autre mise en perspective théorique et politique des entreprises sociales. » poursuit Jean-François Draperi (4). Il s'inscrit dans le capitalisme « et est peut-être la condition de son renouvellement », quand les entreprises de l'économie sociale cherchent à définir une économie a-capitaliste mue par une autre finalité que celle de leur développement.
Nadine Richez-Battisti, rappelle dans un entretien accordé à l'Apeas en mars, la dualité de ce terme : « d'un côté le terme regroupe bien des organisations ancrées dans l'ESS qui se présentent comme force d'innovation sociale et de gouvernance partenariale, mais la question des droits de propriété collective et impartageable n'est pas posée. En ce sens, l'entreprise sociale ne recoupe pas complètement l'ESS même si elle s'en rapproche. De l'autre côté, il y a les entreprises sociales constitutives d'un capitalisme social, voire d'un nouveau capitalisme qui fait des pauvres un nouveau marché.» En revendiquant pourtant son appartenance à l'ESS, en regroupant des entreprises commerciales et des structures associatives et coopératives et en affirmant sa volonté de promouvoir un autre modèle de développement pour les entreprises, le Mouves interroge l'identité d’une ESS à la croisée des chemins. La tentation d’amplifier la dynamique de l'entrepreneuriat social portée par le modèle anglo-saxon est forte et dans l’air du temps. Le Mouves emportera-t-il dans son sillage les acteurs de l’économie solidaire, quitte à les éloigner des principes fondateurs de l’économie sociale ? Histoire à suivre. Notamment du côté du Labo de l’ESS qui devrait également continuer à faire entendre sa voix, suite à la mobilisation des campagnes régionales.
(1) Jean-Marc Borello, président du mouvement et délégué général du groupe SOS, édito du communiqué de presse du 1er janvier 2010
(2) « L’entrepreneuriat social, une chance pour l’économie sociale » Claude Alphandery et alii, mars 2010 :
(3) Jean-François Draperi « Entrepreneuriat social et économie Sociale», in Recma
(4) Jean-François Draperi, « L’entrepreneuriat social, un mouvement de pensée inscrit dans le capitalisme », in Recma, février 2010
Crédits photo : Alex Guerra
http://www.flickr.com/photos/65008386@N00/355419203/


Posté le 06/05/2010 par Recma
Jean-François Draperi prolonge sa réflexion dans le dernier numéro de la Recma.
"L’entrepreneuriat social : du marché public au public marché" http://www.recma.org/node/1025
Résumé : " D’inspiration nord-américaine, l’entrepreneuriat social est un mouvement mondial qui vient aujourd’hui bousculer le monde de l’économie sociale et solidaire (ESS) française. Avançant les idées d’ouverture, de finalité sociale, d’ambition de changement social, d’intérêt général,de changement d’échelle, l’entrepreneuriat social porté par le récent Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves) incite l’économie sociale à sortir d’une forme de routine et l’économie solidaire à mieux prendre la mesure des enjeux des évolutions économiques, politiques et sociales actuelles. La présente contribution vise à comprendre le cadre historique et théorique qui fonde l’entrepreneuriat social. L’étude des relations étroites entretenues entre le monde de la Bourse et la nouvelle philanthropie qui irrigue l’« entrepreneuriat social » à l’anglo-saxonne permet de situer les origines de l’entrepreneuriat social français. Les rapports à l’aspiration égalitaire, à la construction sociale des pratiques d’entreprise, au droit et aux statuts ou encore aux grandes entreprises interdisent de superposer les conceptions d’"économie sociale" et d’"entrepreneuriat social" telles qu’elles existent en France. L’article conclut sur les conditions qui permettent d’envisager entre elles un partenariat dans le respect de leurs spécificités."