Article publié le 11/01/10 par MyCoop
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Entrepreneurs...et utopistes ?
[Alternatives Economiques]
L’ambition d’entreprendre autrement n’est pas nouvelle. Quelques éléments historiques pour définir l’économie sociale et solidaire.
Entreprendre autrement est une idée vieille comme le capitalisme : c’est la volonté de guider la production des biens et des services à partir des besoins de tous et non de l’intérêt de quelques-uns, et d’appliquer aux activités économiques les principes démocratiques qui régissent le système politique. Ce projet a été au cœur de la création de l’économie sociale à la fin du XIXe siècle, au moment où ont fleuri les associations, les coopératives et les mutuelles. Puis, dans les années 1970, l’économie solidaire est apparue ; des réseaux se sont constitués pour trouver, à travers des entreprises d’insertion ou via le commerce équitable par exemple, une réponse à la crise que traversait notre société. Aujourd’hui, le projet d’entreprendre autrement se développe encore, sous d’autres noms…
Dans ce dossier, nous cherchons à donner à ceux qui veulent « entreprendre autrement » les outils pour réaliser leurs projets. Ces entrepreneurs un peu à part s’inscrivent dans un long héritage. Au XIXe siècle, face aux dégâts engendrés par le capitalisme industriel, des réformateurs sociaux, des penseurs utopistes, comme Claude Henri de Saint-Simon et Charles Fourier ou l’économiste Charles Gide, cherchent d’autres solutions que l’étatisation des moyens de production. Sur le terrain, de nouvelles formes d’organisation de l’entreprise sont expérimentées, où la propriété et le pouvoir sont partagés. Parfois, penseurs et entrepreneurs ne font qu’un. Ainsi, Charles Gide, qui fonda en 1921 la Recma, la Revue des études coopératives, mutualistes et associatives (1), fut aussi l’un des principaux animateurs des coopératives de consommation, créées pour lutter contre la cherté de la vie et protéger les clients contre les tromperies sur les marchandises (2).
Des précurseurs
Contemporaine de la conquête de la liberté syndicale et de la liberté d’association (3), longtemps limitées par l’Etat, l’émergence du mouvement coopératif et mutualiste a donné lieu à de grandes innovations sociales. Les coopératives d’habitat ont été les précurseurs du logement social. Quant au mouvement mutualiste, né de la volonté des salariés de développer des systèmes de solidarité pour se prémunir collectivement contre les risques de maladie et d’invalidité, il a ouvert la voie à la Sécurité sociale.
A partir des années 1970, avec la crise qui a succédé à la croissance des Trente Glorieuses, une multitude d’initiatives ont émergé pour répondre aux nouveaux besoins de la société. Toutes articulent actions de terrain et projet global de transformation sociale. Ces initiatives sont liées à l’apparition du chômage de masse, mais aussi à une prise de conscience des inégalités Nord-Sud. Les populations en difficulté, chez nous comme dans les pays en développement, se trouvent au cœur des projets des acteurs de ce qu’on a appelé l’économie solidaire : épargne solidaire, commerce équitable et entreprises d’insertion. Ce secteur regroupe d’ailleurs souvent des structures qui sont elles-mêmes des coopératives ou des associations.
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