Article publié le 18/06/09 par MyCoop
Et si on faisait CAF ?

- Jean-Claude (à droite) explique le fonctionnement d'une CAF à des futurs membres.
[Reporters d'Espoirs pour MyCoop]
Avec la crise, les demandes en microcrédit explosent. En face, les banques n'ont pas toujours les moyens d'y répondre. Zoom sur une initiative espagnole qui, en coordonnant un dispositif proche du microcrédit de particuliers à particuliers, s'appuie sur des ressources illimitées. L'occasion, pour des personnes récemment immigrées, d'avoir accès à des services bancaires.
Pour se rendre à son travail, Juan, un Colombien arrivé l'année dernière à Barcelone, avait besoin d'une voiture. Alors que les portes des banques se fermaient devant lui, il a pu l'acheter en empruntant de l'argent à la Communauté d'autogestion financière (CAF) dont il faisait partie. En Espagne, plus de 700 migrants bénéficient aujourd'hui d'un tel dispositif.
A l'origine, Jean-Claude Rodriguez-Ferrera, professeur d'université. Au cours d'un séjour de quatre années au Guatemala, il découvre les "banKomunales". Le principe : des individus se réunissent et constituent ensemble un capital. De quoi permettre aux membres du groupe de faire un emprunt, dont la durée et le taux d'intérêt sont décidés collectivement. Un service financier alternatif pour des populations exclues du système bancaire classique. Contrairement aux apparences, "ce n'est pas vraiment du microcrédit¸ précise Jean-Claude. Alors que les institutions de microfinance constituent en partie leur capital avec des apports extérieurs, la totalité de celui des banKomunales est apporté par les membres eux-mêmes."
Microcrédit, mais pas que…
Retour en Espagne. Jean-Claude prend conscience des difficultés d'intégration des populations immigrées, dont le nombre croit chaque année : elles représentent 12 % de la population espagnole en 2009 contre 2,3 % en 2000, suite aux régularisations massives permises par les autorités espagnoles. "J'ai pensé que les banKomunales pouvaient aussi répondre à de vrais besoins en Europe" raconte-t-il, soulignant l'aspect Sud-Nord de la démarche.
C'est ainsi qu'en 2004 l'Association des CAF (Acaf) voit le jour. Depuis, elle développe sans cesse de nouveaux produits : "Nous avons par exemple démarché la compagnie d'assurances DKV pour qu'elle crée une assurance à destination des membres des CAF" explique le président de l'association. Un succès : désormais, toute personne, même en situation de précarité, peut devenir cliente de DKV, à condition que la CAF dont elle fait partie garantisse son sérieux et sa ponctualité dans le remboursement des prêts.
A la conquête du monde
Cinq ans après son lancement, l'Acaf coordonne 38 groupes de 20 et 50 personnes chacun, à Barcelone, Madrid et Santander. Un réseau qui n'en finit plus de se développer : l'année dernière, l'association a ouvert des antennes à Valence, au Pays basque, au Portugal et même… au Sénégal, suite à la demande d'immigrés sénégalais désireux de reproduire le système dans leur village d'origine. A quand la France ?
Contact : Jean-Claude Rodriguez-Ferrera, +34 933 689 630, www.comunidadescaf.org
Amaury Guillem (Agence d'informations Reporters d'Espoirs)


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