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Article publié le 14/08/09 par MyCoop

Malraux, reviens !

[Hugues Sibille pour Alternatives Economiques]
On accorde souvent au Temps une valeur universelle. Une heure vaudrait toujours  soixante minutes, sous Saint Benoît comme sous Kerviel. Mais le temps est une notion culturelle, donc changeante. Kerviel symbolise un modèle économique de l’immédiat. Du virtuel. Les abbayes sont dans un temps immobile. L’opposition Kerviel / Saint Benoît montre que le temps économique est affaire de culture. En un sens nous sommes tous des Kerviel, avec nos Blackberry et notre désir d’avoir tout, tout de suite, tout le temps. Une culture du temps économique qui réconcilierait  Internet et les Abbayes peut-elle exister ?

La crise met à nouveau en cause  la conception hyper court-termiste et virtuelle du temps économique actuel.  Le Moyen (voire le Long) terme deviendront-ils tendance chez ceux-là même qui faisaient et défaisaient les marchés, l’oeil rivé sur les résultats trimestriels ?

Je n’ai aucune théorie sur tout cela, seulement quelques souvenirs et intuitions.

Un de ces souvenirs est celui de Francois Mitterand : il vient d’être réélu président de la République. La caméra le filme dans l’avion qui le ramène à Paris après sa victoire. Il lit. Lunettes sur le nez. Que lit-il ? Des dépêches d’agences ? Un sondage ? La composition de son futur gouvernement ? Non : l’Histoire de la Révolution française  de Michelet. Il puise son inspiration stratégique dans le temps long. Il entretient son arme : donner du temps au temps ! Pourquoi ce souvenir de Mitterand ici ? Parce que les dirigeants économiques, devenus maîtres du monde, ont peu de référence historique, de culture du temps long. Ils oublient que l’économie de Marché qu’ils  imaginent exister depuis la nuit des temps, a deux cents ans. Alors que la civilisation pharaonique a duré 4000 ans !! Introduisons l’Histoire dans les écoles de commerce ! Braudel obligatoire, avec un coefficient élevé pour sélectionner les managers !! Les Maths et l’économétrie envoient l’économie dans le mur spéculatif. Les livres de Braudel restent au contraire une clef pour comprendre le monde d’aujourd’hui.

Prendre du recul fait partie de la responsabilité d’un dirigeant.  Avant de piloter Lafarge, B. Colomb avait pris une année sabbatique pour sillonner le monde.

J’ai conscience que travailler à la formation historique et éthique des dirigeants d’entreprise ne suffirait pas à contrecarrer la pression du court terme qu’imposent les marchés financiers et la recherche de l’enrichissement rapide.

Une de ces intuitions est celle de l’entreprise durable à inventer. De la forme coopérative elle prendrait l’idée des excédents mis en réserve et des réserves impartageables. Ainsi se constituerait un patrimoine commun et durable. Je suggère que des administrateurs représentent ces réserves impartageables : leur responsabilité serait de rendre compte aux générations futures. Pour inscrire d’avantage cette nouvelle entreprise dans une économie de long terme il faudrait inventer le statut de Société de Partenaires. Une société où chaque partie prenante serait représentée dans la gouvernance. Les actionnaires, les salariés, les clients, les fournisseurs et la communauté locale. Les décisions prendraient en compte des facteurs autres que la rémunération immédiate des actionnaires. Elles intégreraient le maintien de l’emploi des salariés, la prévention de la santé des clients, la qualité de vie au travail des fournisseurs, l’impact sur la communauté, etc. Les décisions seraient plus lentes à élaborer mais plus solides dans la durée.

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(cc) nafra cendrers

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