Le réseau des acteurs
de l'économie humaine.
S'inscrire
 
 
Retrouvez l'actualité de l'économie humaine.
 
 
 
 
 
 
 
 

Article publié le 19/02/10 par MyCoop

Microcrédit : des méthodes d’évaluation aléatoires ?

[Georges Gloukoviezoff pour Alternatives Economiques]
Enfin ! Alors qu’il existe depuis près de 30 ans, il a enfin été évalué. Il en aura fallu du temps, mais ça y est, c’est fait ! Grâce aux travaux d’évaluation aléatoire menés par Esther Duflo et son équipe, on sait enfin si le microcrédit est un miracle permettant de sortir les emprunteurs de la pauvreté ou bien un désastre faisant basculer ces personnes dans le surendettement et pouvant les pousser jusqu’au suicide. Et là accrochez-vous à vos fauteuils, si l’on se fie à la tribune d’Esther Duflo dans Le Monde du 12 janvier dernier, la réponse est sans appel : ni l’un, ni l’autre, bien au contraire.

Première conclusion, le microcrédit est un bon produit financier qui permet de faire des achats importants (pour l’activité économique ou les besoins du ménage) en étalant leur coût dans le temps (en résumé, c’est un crédit). La deuxième conclusion est moins positive : après 18 mois, le microcrédit ne semble pas avoir entrainé de transformations profondes sur la santé, la scolarisation ou le pouvoir de décision des femmes. Mais en revanche – et c’est la troisième conclusion – il ne conduit pas non plus au surendettement puisque l’« on ne constate aucune frénésie de consommation irresponsable provoquée par l’argent facile : au contraire, en Inde, les familles abandonnent certaines des petites tentations de la vie courante (thé, snacks, noix de bétel, tabac) pour rembourser l’emprunt qui leur a permis d’acheter des biens durables » (oui, chez les économistes, le surendettement résulte d’une frénésie de consommation irresponsable des pauvres).

Le microcrédit n’est donc ni un miracle ni un désastre. C’est tranché, pas la peine d’y revenir. « Et alors ? » me direz-vous. Pourquoi ce ton sarcastique ? Qu’ai-je donc à reprocher aux travaux de l’équipe d’Esther Duflo ?

Est-ce que je conteste la nécessité d’évaluations indépendantes basées sur des expertises de terrain ? Suis-je en désaccord idéologique avec ces travaux dont les conclusions amènent à contester l’efficacité du recours exclusif au marché et donc à la responsabilité des pauvres pour lutter contre la pauvreté ? Si ce n’est pas le cas, il faut sans doute chercher ailleurs. Ne serais-je pas jaloux de l’exposition médiatique de ces méthodes scientifiques, moi qui évalue également le microcrédit même si je me limite à ce qu’il se fait en France ?

Bien qu’il me faille concéder un léger problème d’égo et un penchant pour le mauvais esprit, ce ne sont pas ces traits psychologiques qui provoquent ma réaction. Ce qui la provoque, c’est cette affirmation toute en nuance d’Esther Duflo « il n’y avait pas jusqu’à récemment d’étude rigoureuse de part ou d’autre. Partisans et adversaires se battaient à coup d’anecdotes ou d’études difficiles à interpréter, parce qu’elles comparaient des pommes et des oranges (c’est-à-dire des emprunteurs et des non-emprunteurs) ». Rien que ça… (...)

Lire la suite sur Alternatives Economiques
(cc)


Commentaires

Aucun commentaire.