Article publié le 22/08/10 par MyCoop
Microcrédit et maxi profits : l'équation impossible ?
[Terra Eco]
Polémique en Inde : le leader national de la microfinance entre en bourse. Car après les ONG et les petites entreprises, c'est au tour de grandes banques de s'imposer sur ce marché florissant. Et en dégageant de gros bénéfices, elles créent des remous sur la planète de la banque solidaire.
Jouons aux devinettes. Quelle banque a gonflé ses bénéfices de 350% ces cinq dernières années, et ce, malgré la crise ? Et a vu le nombre de ses clients passer de 200 000 à 6,8 millions sur la même période ? Tout en assurant un rendement de 21% à ses actionnaires. Soit pour chaque euro investi en 2009, 1,21 euro empoché en 2010.
Non, ce n’est pas J.P. Morgan, HSBC ou BNP Paribas. Il s’agit de SKS Microfinance, le leader indien du… microcrédit. Ce mastodonte règne sur un marché florissant mais surtout constitué de très petites entreprises et de quelques organisations à but non lucratif. Fort de son leadership, l’entreprise a franchi un cap la semaine dernière en mettant en bourse un quart de son capital. Une opération qui lui a rapporté la bagatelle de 350 millions de dollars (265 millions d’euros).
Un mauvais message
Les profits de SKS ont choqué le pays et le monde du microcrédit. Muhammad Yunus, pionnier du secteur – il a fondé la Grameen Bank, il y a plus de trente ans – a regretté que SKS s’enrichisse ainsi sur le dos de la grande pauvreté. « Le microcrédit ne doit pas être présenté comme une opportunité de gagner de l’argent. Cette introduction en bourse envoie un mauvais message », a déclaré le prix Nobel de la paix au Wall Street Journal.
Réponse de Vikram Akula, le fondateur de SKS : l’introduction en Bourse est nécessaire pour continuer à grandir et sortir davantage de monde de la pauvreté. « Le seul moyen d’attirer les capitaux n’est plus seulement d’être rentable, mais d’être extrêmement rentable », a expliqué au quotidien économique indien Mint celui qui reconnaît s’être inspiré des méthodes de management de McDonald’s et de Starbucks pour gérer son entreprise.
Drôle de match. D’un côté du ring, un prix Nobel de la paix qui a séduit la planète avec ses principes d’économie sociale. De l’autre, un quadra aux dents longues qui a déjà empoché 10 millions d’euros en 2010 en vendant des parts de sa société. L’opposition de styles illustre le paradoxe qui tiraille les institutions de microcrédit. Véritables entreprises, elles sont vouées à croître, dégager des bénéfices et dépasser la concurrence. Fondées pour sortir les plus pauvres de la pauvreté, elles ne doivent jamais perdre leur mission de vue.
« Ligne jaune »
« Pour moi, l’introduction en bourse est la ligne jaune à ne pas franchir lorsqu’on fait de l’économie sociale », estime Arnaud Poissonnier, fondateur du site Babyloan, une plate-forme qui propose aux particuliers de prêter de l’argent à des entrepreneurs du Sud via des institutions de microfinance. « Le jour même où l’on entre en bourse, toute la logique change. On doit assurer un retour sur investissement pour ses actionnaires et donc penser en termes de rentabilité. C’est tout à fait contraire...lire la suite sur le site de Terra Eco
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Source :Terra Eco
Crédit photo : Refracted Moments (Flickr)


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