Article publié le 04/02/10 par MyCoop
Yvon Chouinard, un patron pas comme les autres
[Féminin Bio]
Forgeron, artisan, grimpeur, surfeur, pêcheur à la mouche, activiste environnemental… ou businessman ? Mal à l’aise en costume-cravate, Yvon Chouinard est pourtant à la tête de Patagonia depuis près de 50 ans. Mieux vaut éviter de lui faire remarquer cette petite contradiction !
Homme d’affaire ? « Je n’ai jamais respecté cette profession, car les entreprises sont condamnables d’être en grande partie responsables de la destruction de la nature, des cultures indigènes, de prendre aux pauvres et de donner aux riches, d’empoisonner la terre avec les effluents de leurs usines ». PDG ? « Je passe la plupart de mon temps en dehors de mon bureau, à pratiquer des sports de plein air ou à conseiller des associations environnementales ». On l'aura compris, Yvon Chouinard n’est pas un patron comme les autres.
A la fin des années 1950, ce grand sportif se lance dans la production de matériel d’escalade : conception, fabrication, distribution. Distribution ? Oui, mais loin des logiques de rentabilité habituelles… Sur le premier catalogue que l’entreprise distribue, en 1963, il est indiqué qu’il ne « [faut] pas s’attendre à une livraison rapide pendant la saison d’escalade »… car le gérant « [la] consacre à l’ascension de grandes voies dans le Yosemite » !
C’est en 1973 que Patagonia voit le jour, fruit d’un voyage au Royaume-Uni, où Yvon Chouinard découvre que les polos de rugby sont parfaits pour l’escalade. L’entreprise, créée avec sa femme, se développe dans le domaine du textile. Le succès est fulgurant et, à la fin des années 1980, le PDG iconoclaste s’interroge sur l’opportunité de prendre « retraite très anticipée », histoire de « [s]’enfuir dans le Pacifique Sud avec [sa] canne à pêche et [sa] planche de surf ». Mais il reste fidèle au poste, « avec l’idée en tête d’utiliser l’entreprise pour inspirer et mettre en place des solutions à la crise environnementale ». Bien lui en a pris, car il a su tirer de sa passion pour la nature des idées neuves pour son entreprise et le monde des affaires. Il le reconnaît d’ailleurs volontiers « Mon action est directement liée à mon parcours ».
Préoccupé par l’impact environnemental de l’activité de Patagonia, Yvon Chouinard fait réaliser en 1991 un audit environnemental sur les quatre principales fibres les plus utilisées par l’entreprise, et découvre avec stupéfaction que ce ne sont pas le nylon ou le polyester, pourtant déviré du pétrole, mais bien le coton qui est le plus gros consommateur d’énergie et le plus polluant. La fibre naturelle n’est donc pas si naturelle que ça. En 1994, après enquête sur le terrain (et oui, on ne se refait pas !), où il découvre « la contamination des étangs par le sélénium et les paysages lunaires complètement détruits par la culture du coton », la décision est prise : 100 % de la gamme sportswear en coton sera fabriquée avec du coton biologique dès 1996. L’équipe de Patagonia a donc dix-huit mois pour transformer de fond en comble sa production.


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