Article publié le 02/01/10 par MyCoop
Fournisseurs d’électricité verte : attention aux mirages
[Terra Eco]
Enquête - Depuis l’ouverture à la concurrence des marchés de l’énergie, les fournisseurs alternatifs rivalisent d’arguments, en particulier écologiques. Pour s’y retrouver, le médiateur de l’énergie a lancé un comparateur en ligne à grand renfort de communication. Mais il faut plus qu’un tableau pour comprendre le monde bien particulier de l’électricité.
Ça y est, vous avez souscrit à une offre "100% électricité verte". Quel bonheur de s’éclairer à l’énergie renouvelable ! Sauf qu’il y a un hic : "c’est la même électricité qui est livrée à tous les clients raccordés au réseau électrique français, quels que soient le fournisseur et le type d’offres", explique le site Energie Infos, mis en place fin octobre par le médiateur national de l’énergie. "Si vous êtes sous un contrat prétendument énergies renouvelables et que vous branchez votre aspirateur à 19 heures en pleine pointe de consommation, vous serez alimenté par des centrales au charbon", résume Nadine Levratto, économiste à l’université Paris X.
Cette précision faite, à l’autre bout de la ligne, est-ce bien vert ? Pas forcément. Pour bien comprendre, suivons à la trace le parcours de l’électricité « verte ». Quelque part en Europe, une éolienne tourne et injecte des électrons sur le réseau. Là, pas de chichi, ils se mélangent allègrement avec leurs collègues issus des centrales hydrauliques, nucléaires ou à charbon. Seul le propriétaire de l’éolienne sait donc combien d’électrons verts il a produit à la source. Imaginons que vous consommez dans l’année 1 000 kWh (1 MWh) - oui vous êtes très économe. En toute logique, votre fournisseur doit donc avoir produit cette quantité d’énergie avec ses propres éoliennes ou l’avoir achetée à quelqu’un qui en possède. Ce qui sort votre prise n’est pas très propre, mais au moins vous vous dites que du côté de votre fournisseur, les emplettes correspondent à du 100% renouvelable.
Virtuellement vert
Raté : votre fournisseur peut également acheter un certificat vert. La plupart des offres s’appuient d’ailleurs sur cette troisième possibilité. Le problème, c’est qu’avec ce système, porté par les principales compagnies d’électricité européennes au sein de RECS [1], "un fournisseur qui achète de l’électricité nucléaire sur le marché de gros peut très bien revendiquer son attachement aux valeurs du développement durable dans ses prospectus commerciaux grâce aux certificats verts qu’il aura acquis auprès d’autres opérateurs", explique Nadine Levratto dans un travail de recherche sur le sujet.
Comment ce tour de passe-passe est-il possible ? Un certificat vert permet à un producteur, qui n’est pas lié spécifiquement à un fournisseur et vend son électricité sur le marché de gros européen,de prouver qu’il a bien injecté sur le réseau 1 MWh "vert". Cette attestation rentre alors dans un marché parallèle et peut être vendue de manière totalement déconnectée de l’électricité réelle à laquelle il correspond.
C’est là qu’intervient votre fournisseur : en réponse à votre MWh, il "achète ou produit de l’électricité « standard » et la revend à ses clients avec en complément un certificat vert", explique Energies Infos. En détruisant ce dernier, il réserve ainsi en quelque sorte le MWh d’électricité verte correspondant, qui ne peut plus être revendiqué par quelqu’un d’autre. Vous l’avez "consommé", virtuellement. (...)
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