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Article publié le 17/11/09 par MyCoop

Dans nos sociétés développées, comment conjuguer lutte contre le chômage et préservation de l’environnement ?

[Déli Royo et Catherine Zucal pour MyCoop]

Lors de la soirée Mycoop de novembre, plus de 150 personnes étaient réunies autour du thème : « comment conjuguer lutte contre le chômage et préservation de l’environnement », à la Maison des Métallos. Au cours de la soirée, Jean-Baptiste de Foucauld et Pierre Rabhi présentaient leurs points de vue et débattaient avec les participants.

Jean-Baptiste de Foucauld (fondateur Solidarités Nouvelles face au Chômage) est d’abord revenu sur sa conception du problème de l’emploi, expliquant qu’avec le premier choc pétrolier de 1973 le chômage est devenu un réel problème de société et le « mal de notre époque ». C’est en partant de ce constat qu’il a travaillé à l’idée du « travail à temps choisi ». Concept qui correspond à un droit à travailler moins et répond à la nécessité selon lui de partager le travail. En effet, pour Jean-Baptiste De Foucauld, l’homme doit se battre pour choisir son mode de vie, sa relation au travail, et ce dans un contexte où deux modèles créateurs d’emploi s’affrontent :

-    le modèle libéral : Modèle efficace en termes de création d’emploi, qui facilite l’entrepreneuriat mais dans lequel les individus sont peu protégés, où la dérégulation du marché du travail est forte, et l’emploi souvent précaire.

-    le modèle Nordique : Modèle dans lequel existe une régulation du marché du travail, où les partenaires sociaux ont une forte représentativité, une place importante et donnent la priorité à l’emploi.

En France, selon Jean-Baptiste de Foucauld, nous « rêvons du modèle nordique mais avec l’individualisme français et les impôts Américains ». Or l’emploi de qualité coûte cher.
Sommes- nous prêts à accepter une augmentation de nos impôts en conséquence et à faire de la lutte contre le chômage une priorité en termes de dépenses publiques ?

En parallèle constate Jean-Baptiste de Foucauld, des problèmes d’ordre écologique se posent et la « Croissance Verte » est souvent évoquée comme un levier possible pour concilier développement de l’emploi et développement économique (projets de dépollution des sols ; lutte contre les déchets ; agriculture biologique, etc.). Mais cette Croissance Verte implique des investissements importants, au détriment de la consommation. Il y a donc là un risque de « télescopage » entre besoins d’investissement dans la « Croissance Verte » et besoins d’investissement dans d’autres secteurs tels que le social. Une solution moins onéreuse serait donc selon lui d’intérioriser les changements. Faire en sorte que les comportements changent, dans une dynamique globale, ce qui réduit les coûts sociaux nécessaires à de tels changements (par exemple, s’orienter vers davantage de sobriété n’entrainerait pas une augmentation de la pauvreté car cela facilite une redistribution des revenus).

La préservation de l’environnement et la lutte contre le chômage doivent donc aller de pair. Mais il fait le constat d’une société civile qui ne s’exprime pas assez et a du mal à coopérer, alors même qu’elle doit travailler à la constitution d’engagements civiques et se questionner sur ce qu’elle doit exiger des Pouvoirs Publics en définissant les changements politiques auxquels elle aspire. D’où l’idée  d’un « Pacte Civique » dans lequel seraient définis les engagements individuels nécessaires à la réalisation du but commun, les changements nécessaires au niveau des organisations, ainsi que la demande de prise en compte de nouvelles « règles du jeu » que doit mettre en place l’Etat.

La parole est ensuite donnée à Pierre Rabhi (fondateur du mouvement Terre et Humanisme et spécialiste en agroécologie et biodynamique). Il fait part de son expérience personnelle en tant qu’ouvrier, qui l’a amené à se  poser la question de la place de l’être humain dans la société moderne, de la nécessité de produire et même de surproduire, de la place du travail et de ce qu’il génère, de la condition de l’homme dans la société industrielle, etc. De ces interrogations ressort le constat d’une société industrialisée qui ne propose que l’incarcération aux hommes, d’une société dans laquelle le temps de l’être n’a pas de valeur, où tout se joue au détriment de l’humain, comme le montre selon lui la montée du chômage (« l’humain qui ne peut être au service de l’économie devient un banni ») et enfin où l’être humain sert au progrès mais où le progrès aliène l’humain et ne lui permet plus de se réaliser en « pluralité ». Car la société est axée sur l’économique et non sur l’être.

Partant de ce constat et refusant ce que la société lui proposait, Pierre Rabhi quitte Paris pour l’Ardèche dans le but de s’octroyer du temps libéré de l’argent. Mais dans ce mouvement de « retour à la terre », il se rend compte que là aussi la productivité règne et constate que la pensée industrielle avait été appliquée à la Nature. L’agriculture moderne nourrissant la terre de nitrates, de phosphates, etc., afin de la rendre plus productive. Une méthode qui fonctionne mais rend la terre « malade ». Or, pour Pierre Rabhi, la terre doit être considérée comme un être vivant qui donne la vie. C’est pourquoi il explique être devenu un « thérapeute » de la terre, se basant sur l’agroécologie et faisant de terres arides des lieux fertiles en respectant l’harmonie de la nature.

Pierre Rabhi, se place dans une vision où l’urgence est écologique, rappelant que notre société, nos modes de vie, créent du désordre dans le monde. La nécessité est donc avant tout de dire « non » à la société de consommation qui réduit l’Homme au statut de consommateur et ne lui permet pas de se réaliser dans sa pluralité.

Ces deux interventions ont suscitées de nombreuses réactions dans la salle. Jean-Baptiste de Foucauld a par exemple été interpellé quant à son rôle et sa place au sein de Pôle Emploi dont il est administrateur. Il explique alors qu’il essaie d’appliquer au sein de Pôle Emploi les méthodes mises en place à SNC (Solidarités Nouvelles face au Chômage), mais qu’il s’agit là d’un travail difficile ; par exemple il a été refusé par l’Assemblée Nationale qu’un représentant des demandeurs d’emploi siège au conseil d’administration de Pôle Emploi. Il explique également que les personnes qui recherchent un emploi ne sont pas représentées dans la société civile, que leur voix ne se fait pas entendre de manière unifiée, bien au contraire. Il œuvre donc pour que cette situation change car dans notre société on évite les chômeurs, on les juge. Il faut les aider à d’organiser et leur donner les moyens nécessaires à cet effet.

Est ensuite posée la question d’une possible antinomie entre les concepts de « Croissance Verte » et d’écologie. Ce à quoi Pierre Rabhi répond positivement, expliquant qu’il prône la décroissance car sur une planète limitée, avec des ressources limitées, nous recherchons une croissance illimitée, ce qui constitue selon lui un réel problème. Si toute la population mondiale avait le même mode de vie qu’un Américain, il nous faudrait 6 à 7 planètes afin de subvenir aux besoins de chacun. Le modèle occidental est un modèle dispendieux et hyperconcentrationiste en ressources, et pendant la période des 30 glorieuses nous avons consommé et bien vécu grâce aux ressources des pays du Sud. Aujourd’hui les pays émergents prennent modèle sur les pays occidentaux mais cela conduit à une augmentation de la production de déchets et à l’épuisement accéléré des ressources de la planète.

Complétant les propos de Pierre Rabhi, Jean-Baptiste de Foucauld précise que le développement humain n’est pas achevé, que la vie d’un être humain est composée de son activité professionnelle, qui  constitue une part importante, ainsi que d’un aspect relationnel et spirituel, qui sont également essentiels à sa réalisation. C’est donc à chacun de choisir le temps de travail qui lui convient. Nous sommes dans un système hyper productif où le temps choisi apparaît comme une solution. Le système économique dans lequel nous vivons est violent, il est donc nécessaire de créer un contre poids en articulant démarches individuelles et démarches de régulation.

Une intervention dans la salle propose de retenir et mettre en avant certaines actions positives comme le mouvement des entrepreneurs sociaux. Il existe des projets qui ont du sens et du réalisme économique qui sont bonnes à prendre. Pierre Rabhi réagit alors en précisant qu’effectivement il y a des entreprises qui font de bonnes actions, mais dans une société construite avec humanisme on n’a pas besoin d’un système humanitaire qui joue aux « pompiers pyromanes ». Le moment n’est pas à secourir les gens mais bien à la construction d’un mode de partage équitable des ressources et richesses de la planète. Notre système économique se maintient grâce aux actions des associations caritatives qui dédouanent l’Etat, or Pierre Rabhi prône un système basé sur l’équité, où l’argent serait au service de l’homme qui lui-même serait au service de la nature.

Pour Jean-Baptiste de Foucauld, il faut enfin prendre en compte la dimension d’imperfection humaine, la part de désirs égoïstes. Tout faire reposer sur la conscience de l’homme lui semble donc exagéré. Nous sommes tous en cheminement et des régulations collectives sont nécessaires. Il y a une violence, une dureté de la vie collective c’est pourquoi la régulation sociale est importante. Pour répondre à la question, une réforme de l’Impôt sur les Sociétés pourrait être envisagée où les entreprises qui chercheraient  à tout prix la rentabilité seraient plus taxées que les autres.

Liens utiles :

- définition de l’agroécologie:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Agro%C3%A9cologie
- Site SNC : http://www.snc.asso.fr/
- Site Terre et Humanisme : http://www.terre-humanisme.org/
- Site Mouvement Colibri : http://www.colibris-lemouvement.org

Articles sur la soirée :

- Pascal Greboval pour Zevillage : http://photographe.zevillage.org/news/rabhi-de-foucauld-levi-strauss-des-cerveaux-sans-oreilles          

 
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